2012/09/03

9 mai 2004


J'ai fouillé récemment dans mes vieux carnets de dessins et y ai trouvé - entre autres - ce texte intime décrivant à chaud mon départ de l'aéroport de Paris, accompagné de mes parents et de deux (grosses) valises. Intéressant de replonger dans l'état d'esprit de ce moment, surtout après 8 ans.

Je l'ai retranscrit tel quel.




Carte d'accès à bord

Air Transat
Vol TS611
De : Charles de Gaulle 3
À : Montréal / Mirabel

Départ : 9 mai 2004 - 13h05
Heure d'embarquement : 12h05 - Porte A3
Siège : 19K
Fumeur : Non


11h56.
L'embarquement ne va pas tarder (prévu à 12h05).
Je viens de dire au-revoir à mes chers parents (très chers parents !!). C'est émouvant, on souriait, on pleurait pas, mais je sentais l'émotion quand même. J'ai vécu plus d'un mois à Saint-Laurent, ça va me faire bizarre. Puis je vais m'habituer. C'est là que je réalise à quel point ce sont des gens formidables, plein de bons sentiments, le cœur sur la main, ouverts, aimants. Je les aime profondément.

12h00. Des Québécois derrière moi discutent. Je prends conscience de cette langue que je vais entendre là-bas ; je vais côtoyer des Québécois, travailler avec des Québécois, peut-être coucher avec des Québécois (!). Cet environnement nouveau m'excite énormément, et à la fois, je suis triste de "laisser" tout ce que j'aime ici. Je suis né en France et y ai vécu jusqu'à maintenant. Je réalise à quel point je vis l'expérience de ma vie (avec un grand "E").
Et puis c'est vraiment un tournant : je vais peut-être passer 6 mois au Québec, 1 an ou peut-être y rester 10 ans, ou carrément y rester… toute ma vie. Cette perspective (encore un peu floue dans ma tête) est impossible à imaginer. Mais je n'arrive pas non plus à me projeter dans 6 mois, je n'arrive pas à me dire justement que je ne vais y rester QUE 6 mois ; Parce que je n'ai tellement aucun projet en France non plus, je n'ai ni sentimentalement ni professionnellement d'attaches, je ne sais rien. 
Est-ce que je veux revenir à Paris ? J'en sais rien.
Est-ce que je veux vivre dans le Loir-et-Cher ? J'en sais rien.
Est-ce que je veux vivre ailleurs en France ? J'en sais rien.
Peut-être que j'attends tout simplement de cette expérience à Montréal qu'elle me donne des choix, des idées, de nouvelles pistes à explorer. De nouvelles rencontres qui provoqueront aussi de nouveaux choix, des remises en question, etc.
Je vais vivre un truc fort, génial j'espère.

12h14.
La salle d'embarquement se remplit doucement, mais l'atmosphère est plutôt calme.Chacun lit, écoute de la musique ou glande ; certains discutent, mais il y a relativement peu de bruit.

12h25.
Toujours pas d'embarquement. J'ai hâte que ça bouge un peu, je me sens pas hyper à l'aise dans ces endroits publics où rien ne se passe, où on attend sans cesse. Je me demande où sont Papa et Maman… sur le périph', sans doute… à l'heure qu'il est. Je ne sais pas ce qu'ils se disent dans la voiture, s'ils sont émus. Mine de rien, moi ça me fait bizarre. Je suis SEUL. Et là, j'en prends vraiment conscience.
Personne ne m'attend à Montréal.
Ni boulot, ni ami.
Je ne retrouve personne là-bas.
Que moi.


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15h30 (heure française)
L'avion est parti avec environ trois quarts d'heure de retard. À l'heure actuelle, on doit avoir dépassé l'Irlande, je pense. Je ne sais rien précisément, puisqu'il y a un film qui passe à la télé, et qu'on ne voit donc pas le trajet sur l'écran.
L'avion n'est pas très rempli, j'aurais cru qu'il serait plein en voyant le monde à Roissy dans la salle d'embarquement ; mais non, il y a plein de sièges vides.
Je me détends petit à petit. L'altitude est agréable et fait relativiser les choses, petits tracas y compris.
J'ai hâte d'arriver, maintenant.





2 commentaires:

  1. Marie-France03/09/2012 22:32

    Ça doit tellement te paraître loin tout ça.

    C'est inspirant par exemple...

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  2. Ouais, ça paraît loin... mais ça s'oublie tellement pas !!!!!
    C'est tellement ça, sentiments super contradictoires mélangés...
    Et puis si tu trouves ça inspirant, ben merci :-)))

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