On va commencer par une description de type encyclopédique-wikipédienne.
Rimouski, c'est une ville située à grosso modo 550 kilomètres de Montréal. Québec est donc plus proche de Montréal que Rimouski de Québec.
C'est aussi la ville la plus importante de la région du Bas-Saint-Laurent, et ce, à plusieurs niveaux : démographique, économique, culturel, industriel, commercial, éducationnel…
Ville étudiante dotée d'une université, elle est donc jeune, vivante, et ses bars bien remplis le week-end. S'y côtoient jeunes allumés et douchebags écervelés, mais ça, c'est comme partout.
Il y a un peu moins de 50 000 habitants à Rimouski. Bien des arrondissements de Montréal sont plus peuplés, et la ville de Blois, en France (que je connais bien), d'une population équivalente, est considérée là-bas comme une petite ville de province, pour ne pas dire un trou. Oui, carrément ; un trou.
Cela fait-il de Rimouski un trou ? On va essayer de décortiquer ça.
Bon, on ne se voilera pas la face : pour un Montréalais citadin habitué à vivre au milieu de kilomètres de rues, et qui a besoin de sa dose de spectacles, expos, événements culturels et tutti quanti, ça va ressembler à un trou perdu, certains considérant déjà Québec comme un village. On sort (très) vite de Rimouski, et même en "plein cœur" du centre-ville, on voit la nature environnante, le fleuve et ses îles d'un bord et les fermes sur les collines de l'autre. Pas d'autoroute à 6 voies ou des pylônes à l'horizon, sans parler des avions qui (ne) passent (pas) dans le ciel. À la limite, un train la nuit et quelques voiliers dans la baie. Les embouteillages, on oublie ça, les tours de 30 étages et les centres commerciaux souterrains aussi.
Ce qui évite à Rimouski d'être un trou ? En partie sa situation géographique. Une ville identique en banlieue de Montréal serait engloutie par le reste, littéralement. Terrebonne, par exemple, passe inaperçue car trop près de Montréal, même en étant peuplée de plus de 100 000 habitants. Mettez Terrebonne dans le nord, à 300 km de toute civilisation et elle deviendra imposante ! Un vrai New York en pleine forêt !
Rimouski jouit de cet aspect, c'est indéniable. Je ne dirais pas que la ville est imposante, mais c'est une vraie ville, la seule de la région ; et, d'ailleurs, la plus grande ville à l'est de Québec sur la rive sud du fleuve. Donc, point de ralliement pour de nombreux Bas-Laurentiens, Gaspésiens et même certains Néo-Brunswickois, que ce soit pour achats ou sorties.
Et sinon, à quoi ça ressemble, alors ?
Bon, on arrive de l'ouest (Rivière-du-Loup), on a passé le Bic et repris la 20. Après quelques kilomètres, quittons l'autoroute. Il y a quatre sorties possibles : on évitera la 606, qui nous amène dans le secteur résidentiel de Sacré-Cœur, pour prendre plutôt la 610, "Centre-ville, Sainte-Blandine". D'abord, il faut passer au-dessus de la rivière Rimouski. Elle est pas mal en contrebas de la route, et au milieu d'un quasi-canyon, très tumultueuse. Il y a paraît-il de beaux coins à découvrir avec chutes et sentiers de vélo de montagne super ardus un peu en amont, mais je ne suis pas encore allé voir.
Juste après, la ville se dévoile.
Quelques constructions campent immédiatement le décor : la cathédrale, le cégep, l'hôpital, deux ou trois tours d'habitation, et, surplombant le tout, l'UQAR, l'université locale. C'est à peu près tout concernant le skyline.
On descend la côte de la montée Sainte-Odile, longe le parc Beauséjour le long de la rivière, arrive en plein centre.
Ici, c'est le grand classique : UNE rue principale qui regroupe à peu près tous les commerces, bars et restos de Rimouski. C'est sur la rue Saint-Germain que ça se passe. Manger, boire, se cultiver, acheter du chocolat, aller à la poste, s'acheter un bouquin ou une fringue, c'est là. Le samedi soir, les bagarres, c'est là aussi. Un beau char neuf à montrer à tout le monde ? Là aussi.
Plus loin derrière, c'est le fleuve, que longe la route 132, ici boulevard des Navigateurs (le nom a semble-t-il changé très récemment). Chose particulière à Rimouski, le bord de l'eau n'est pas particulièrement utilisé, si on excepte la splendide Promenade de la mer (pour piétons et vélos, avec quelques très chouettes passerelles pour flâner imitant le pont d'un paquebot de croisière). Pas de terrasses de restos ou de cafés, juste un boulevard assez passant. En fait, c'est "le dos" de la rue Saint-Germain. Du fleuve, depuis la promenade, on voit surtout l'arrière des boutiques et des restos. Les portes de garages et les accès pour les livraisons, les stationnements bétonnés.
Ceci dit, depuis que je vis là, j'ai trouvé un début d'explication à pourquoi le bord de l'eau n'est pas plus utilisé. Je crois que le vent du large et la fraîcheur qu'il apporte auraient raison des têtes brûlées qui auraient décidé de s'attabler sur une terrasse pour siroter un café. Un, la table serait renversée en moins de deux, deux le café renversé sur les genoux brûlés du malheureux ou de la malheureuse, trois les malheureux en question engloutiraient leur café en trois minutes histoire de ne pas se geler plus longtemps sur cette terrasse de merde.
Et quatre, qui a finalement envie d'être attablé au bord d'une route à 4 voies ?
Et quatre, qui a finalement envie d'être attablé au bord d'une route à 4 voies ?
Puis, le fleuve, c'est de près qu'il faut le voir, pas depuis l'autre côté du boulevard.
Allez, traversons la route.
Allez, traversons la route.
Il y a, donc, la Promenade de la mer. Une très belle réalisation, faite avec goût. Des lattes de bois, et surtout ce parti-pris très intelligent d'avoir reproduit un pont de bateau. J'adore. Peinture blanche, passerelles qui font résonner les pas, belvédères qui permettent une vue large sur la baie, bornes clignotantes avec indication de marées montantes ou descendantes… comment assumer pleinement le côté maritime de Rimouski, en jouant à fond la carte "paquebot". Je le répète, j'a-do-re.
De la Promenade, un coup d'œil en face et on comprend pourquoi on est venus là.
Le Fleuve Saint-Laurent.
Plus rien à voir avec l'étroitesse dont il souffre à Montréal, au milieu de béton, d'écluses et de pylônes. Ici, il est majestueux. Sans lui, la ville perdrait au bas mot 70% de son charme, c'est sûr.
Il agit comme un aimant ; on ne peut l'ignorer, tout nous ramène à lui. L'odeur, les mouettes, le vent chargé de sel et la pureté de l'air. Un fleuve-mer qui subit des marées, sur les berges duquel on retrouve des carapaces de crabes, du varech et des squelettes d'oursins. Rien n'arrête le regard qui embrasse l'horizon, la Côte-Nord très lointaine visible quand il fait beau. Le soleil qui se couche pile en face de la ville et qui produit des couleurs magnifiques dignes des affiches ringardes qu'on accrochait dans notre chambre à 14 ans. Ça existe, des couchers de soleil comme ça, vraiment. J'en vois chaque jour, à présent… s'il fait beau.
Le Fleuve, le Fleuve, le Fleuve. Oui, on a envie d'y mettre une majuscule tellement il le mérite. Il rythme la vie de ses marées, il est toujours le même et toujours différent à la fois. Je crois que j'en deviens accro.
Je crois que je vais en reparler, surtout.
Parce que nous, où on habite, ce n'est plus vraiment Rimouski. C'est encore plus calme.
Et il y a encore plus de Fleuve, on dirait.
La prochaine fois, je vous raconte… Rimouski. District Pointe-au-Père.
J'ai pris un bon bol d'air frais ce matin... Merci! Merci! Merci
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