2012/04/07

La non-communauté

Cette semaine, j'ai lu un texte sur le forum d'Immigrer.com. Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est un site d'informations et de discussions sur l'immigration au Québec. Un site de référence, d'ailleurs, probablement le plus connu.
Le texte en question, écrit par un Français récemment arrivé à Montréal, porte sur "La Petite France à Montréal", bien évidemment le quartier du Plateau. J'y ai travaillé assez longtemps pour savoir qu'on entend en effet plus souvent dans la rue l'accent français que l'accent québécois.
Le texte, sans parti-pris, raconte la vie quotidienne dans le quartier.

C'est ce que j'ai lu dans les commentaires qui m'a donné l'idée d'écrire ce billet.

Dans ces commentaires, plusieurs personnes rapportent le fait que le Plateau manque d'authenticité dû à cet énorme engouement des Français pour lui. En gros, si tu es Français, à Montréal, tu devrais plutôt l'éviter. J'aurais d'ailleurs tendance à être d'accord avec ça.
Un autre forumeur répond à ça que les Français, justement, détestent se retrouver au milieu de leurs compatriotes à l'étranger. C'est à celui qui s'intègrera mieux que les autres, en évitant ses semblables, et en le les aidant surtout pas. Il trace le parallèle avec les autres communautés montréalaises, Italiens, Maghrébins, Chinois, Latinos, Haïtiens, Portugais, etc., qui, eux, aiment être entre eux. Une communauté forte, soudée, qui aide les nouveaux arrivants en les accueillant en leur sein.

Ce point attire mon attention. Ce n'est pas la première fois que j'entends ça. J'ai aussi déjà remarqué que le concept de "communauté française" n'existait pas. Il peut y avoir 50% de Français sur le Plateau Mont-Royal, il n'y a pas pour autant de "communauté". Pas plus à New York, pas plus à Londres, pas plus à Dublin, dans des villes où la population originaire de France est pourtant très grande.

Est-ce que les Français se détestent tant que ça ? Je ne crois pas. La plupart des Français de Montréal côtoient d'autres Français, mais la différence avec les autres communautés, c'est que c'est peu assumé. Peu de mes compatriotes (et je m'inclus tout-à-fait là-dedans) sont fiers de côtoyer principalement des "semblables", ils veulent avant tout "s'intégrer".
J'ai moi-même cette vision et ai beaucoup de mal avec les rassemblements communautaires, qui divisent les citoyens plutôt qu'autre chose.

Pourquoi ce besoin de s'intégrer et ne pas se rassembler, alors ?

Au Québec, à mes débuts, je voyais d'un mauvais œil les drapeaux québécois partout.
Ça me gênait. Tout comme les mentions "Fait avec fierté au Québec" ou "Fièrement canadien" sur certains emballages à l'épicerie.
C'est la même chose aux États-Unis, et une personne débarquant de France aura le même sentiment de malaise face à ça (je crois à ce propos que la détestation viscérale des Français pour les Américains vient en partie de la fierté hyper-assumée de ces derniers à être ce qu'ils sont, même dans leurs pires côtés).

En France, arborer un drapeau français et en être fier est complètement tabou, honteux. Il n'y en a aucun sauf sur les édifices institutionnels et gouvernementaux. 
Pourquoi ? Parce que le drapeau tricolore a été complètement accaparé par le Front National, et qu'ils en sont depuis les seuls garants. Un Français fier de l'être est aujourd'hui d'extrême-droite, pas d'autre choix. Il ne reste aux autres que la honte ou l'indifférence.
C'est très paradoxal car il n'y a pas plus chauvin qu'un Français ; ce chauvinisme est juste très mal assumé.
Fier, oui, mais pas devant les autres.

Je crois que loin d'être anodin, ce point explique pas mal de choses.
Dès l'enfance, on t'inculque qu'il ne faut pas être trop fier de ton pays, que ça ne se fait pas. Ça renferme, ça exclut. La patrie, la nation, c'est réservé aux vieux cons qui ont fait la guerre et n'aiment pas les Étrangers, c'est tout.


Il y a aussi, et surtout, l'organisation sociale de la France.
Depuis toujours, la France est davantage hiérarchisée en classes socioéconomiques (riches d'un côté, pauvres de l'autres, profs d'université et ouvriers ne se cotoyant presque pas, etc.) mais pas en communautés "ethnoculturelles" ou religieuses, comme c'est le cas au Canada.
À l'école, les petits d'origine étrangère passent dans le "moule français", et tous se mélangent. Les particularités culturelles de chacun ne sont pas mises de l'avant.
OK, le mélange ne se fait pas toujours très bien, mais le message qu'on tente de faire passer en est un d'intégration avant tout.

On vise le vivre-ensemble plutôt que le vivre-côte-à-côte.


Un Français qui grandit et évolue avec ces notions sera tout naturellement porté à éviter ses compatriotes dans une ville étrangère ; l'idée de "communauté culturelle" représente davantage l'enfermement que l'ouverture, vu de même.
Les communautés, c'est sympa, c'est chouette, mais seulement pour les autres, les Chinois, les Maghrébins (en plus c'est exotique), mais pas pour nous.

Est-ce nécessairement un mal ? Bien sûr que non, je ne crois pas.
S'enfermer dans une communauté est sûrement la pire façon de s'intégrer dans un nouveau pays. À ce propos, les Français sont sûrement parmi les immigrants les mieux intégrés du Québec. 

Et de ça, on peut être fier !




2 commentaires:

  1. Très bonne explication Pascal! Bravo!

    Tu as une compréhension de tes compatriotes qui me semble juste.

    Ginette J.

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  2. Merci Belle-Maman ! :-)))
    Par contre, j'ai modifié le texte depuis ta lecture, il manquait des points importants :-)

    XXXXXXXX

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