2012/11/02

Le paradoxe de l'immigré en région


Après sept mois en territoire rimouskois et plus d'un mois à travailler dans une nouvelle boîte, je me suis rendu compte d'un truc cette semaine. Ou plutôt de l'absence presque totale d'un truc.

Le déclic s'est fait vendredi dernier, je crois. Je papotais avec deux collègues de boulot de notre parcours d'études, des cours qu'on avait suivis, des logiciels qu'on avait appris, etc. (évidemment, étant le plus vieux des trois, j'avais l'impression de parler de l'invention de la bicyclette tellement le décalage était grand entre mes méthodes et les leurs)…
Puis je me renseignais sur le lieu de leurs cours, le cégep, l'école privée, l'université, etc. Je voulais savoir. Là, une des deux me demande "Et toi, tes cours, c'était où ?". Je réponds : "Euh ben, en France". Elle, elle voulait juste savoir le genre d'école, la formation dispensée, etc. Et puis, "en France", c'était tellement évident que ma réponse tomba à plat complètement. Plaf.

Et là, je réalise le fameux truc.

Depuis que je suis à Rimouski, jamais personne ne m'a demandé d'où je viens. On n'a même jamais relevé le fait que je sois Français. Ça passe comme une lettre à la poste. Ça ne compte pas. Pourtant mon accent est clair et net, je ne viens pas d'ici.
Aucune question du genre "C'est comment, la France ?", "Pourquoi tu es parti ?", "T'as vécu où, là-bas ?", "Qu'est-ce que tu me conseilles de voir si j'y vais ?", etc.

Je croyais qu'en me retrouvant en région, mon statut d'immigré passerait davantage au premier plan qu'à Montréal, serait plus criant. Je me méfiais même d'avance de certaines réactions peut-être hostiles aux "maudits Français".

Et pourtant, RIEN. Indifférence totale. Y aurait-il un "effet Rimouski" ?
Et là, évidemment, je fais le parallèle avec Montréal.

Il me semble qu'à Montréal, on me questionnait souvent sur mes origines, la région où j'avais grandi, etc. Ce point-là était récurrent. Il comptait. Lors de la rencontre de nouvelles personnes, je pense ne pas avoir pu éviter une seule fois le sujet de mon origine française. Ce n'était pas mal intentionné et je n'ai jamais senti d'agressivité derrière, c'était juste habituel que ça arrive dans les discussions ; le fameux "Vous en France…". Ceci dit, entre immigrés de différentes origines, ce point était souvent mis de l'avant puisqu'il permettait de faire le lien "Ah donc toi, au Mexique…" "Parce que toi, en France…"

En fait, j'ai toujours trouvé qu'il y a une curiosité très forte du Montréalais moyen envers les Étrangers, il a envie de savoir plein de trucs sur le pays d'origine de son interlocuteur. Le Montréalais s'abreuve de toutes les cultures, il aime ça, et il le recherche. Et puis beaucoup de Montréalais viennent d'ailleurs, donc l'aspect "origine" fait naturellement partie des rapports humains.

Passons à ici, maintenant.

Je côtoie depuis mon arrivée une écrasante majorité de Québécois "pure-laine". Ceux qui ne le sont pas sont pour la plupart étudiants, donc de passage (et pas nombreux !). Entendre l'accent français dans les rues, c'est FINI ! Je ne suis plus sur le Plateau.
Autour de moi, il y a beaucoup de personnes qui sont nées et ont toujours vécu dans la région ou pas loin, de vrais enfants du pays. "D'où tu viens, toi ?" ne se demande pas vraiment, et ça a peut-être teinté les rapports… toujours est-il que même s'il n'y a pratiquement aucun Étranger à la ronde, on ne le questionne pas sur son origine. Bizarre, finalement.

Il y a une autre possibilité : peut-être qu'en choisissant une petite ville, tu te classes automatiquement dans une autre catégorie d'immigrés : les "fondus", ceux qui sont d'ici, à présent. Et c'est marrant, c'est comme ça que je le ressens. Si tu es à Rimouski, c'est que tu as passé le stade d'être un immigrant… tu as rejoint "le clan". Ça se pourrait que ce soit ça.

Ça reste un sacré paradoxe : Montréal la ville du mélange où finalement on te rappelle souvent que tu es étranger, et Rimouski la ville moyenne de région, bien pépère, où personne ne relève jamais ce fait.

Ceci dit, je n'ai pas l'intention de m'en plaindre. Je voulais m'intégrer ?
Eh bien, pour le coup, de l'intégration, j'en ai !






2012/10/08

Les années 80 me manquent, parfois...


Ces temps-ci, je me sens nostalgique.
J'aimerais parfois me retrouver dans l'ambiance décomplexée des années 80, insouciante et rafraîchissante.
Parce que plus ça va, plus notre époque est sérieuse et triste. On n'entend pas à rire en 2012.

Ce qui s'est passé la semaine dernière avec la pub télé de Familiprix enfonce un peu plus le clou de la connerie. Pour ceux (en France, surtout) qui n'ont pas vu ladite pub, je ne peux même pas la poster puisqu'elle a tout bonnement été retirée. Petit résumé de l'affaire ici :

Heureusement que je suis moi-même gay et que je peux donner mon avis sur cette annonce ; si j'étais hétéro, j'aurais même pas le droit de me prononcer au risque d'être étiqueté homophobe.
Je suis peut-être ultra-naïf et absolument pas au courant des problèmes de la société, mais trouver que cette pub banalise l'homophobie et la violence faite aux gays, c'est du délire pur. Cette pub, c'est du gag, des traits grossis, qui ridiculisent principalement le gars dans la salle de gym, c'est tout.
Ça me dépasse qu'on puisse être choqué par une annonce comme ça. 
Ça me dépasse, mais malheureusement ça ne me surprend pas ; notre époque, derrière ses airs de liberté absolue et de tolérance à 200%, est coincée comme ça se peut pas. Faut faire bien attention de rester dans le sentier balisé, hein. Faut bien marcher sur des œufs. 

Lors de mes pérégrinations sur Youtube, j'ai retrouvé cette savoureuse vidéo des années 80, lien ici :
Horreur ! Il y a des grosses, des nains, un monsieur de couleur (on appelait ça un Noir à cette époque, quelle honte !), etc. C'est joyeux, bon enfant et ça ne fait de mal à personne. Et pourtant, un clip comme ça ne pourrait jamais plus sortir en 2012, il serait immédiatement retiré pour discrimination basé sur l'apparence physique ou la couleur de peau…
De toute façon, au départ, ça ne germerait dans l'idée de personne de faire un clip avec des nains et des grosses mesdames. Ça ne se fait pas, ça ne se pense même pas.

Pour rester sur Youtube, je me suis amusé à retrouver des sketches des Inconnus, comiques français extrêmement populaires dans les années 80, mais surtout 90. J'étais au lycée lors de leur "grande époque", et nombre de Français de ma génération connaissent par cœur leurs répliques. Ils nous faisaient rire avec les infirmières martiniquaises qui "pawlaient avec un gwos accent exagéwé", les petits jeunes de banlieues françaises avec leur parler "racaille" et leur attitude, les fonctionnaires, les chasseurs, les filles, les familles de la haute bourgeoisie comme les beaufs, les handicapés mentaux, etc.
J'ai beaucoup beaucoup ri en revoyant tout ça, mais je n'ai pu m'empêcher d'avoir un pincement au cœur, tellement 90% de leurs gags leur vaudraient critiques et mise en demeure à présent. Des tas de groupes sociaux leur tomberaient dessus et dénonceraient leur ton "insultant" et "discriminatoire", c'est garanti.
Est-ce que j'ai dit qu'on vivait une époque triste ?

Parfois, je m'ennuie d'une époque ou un Noir, c'était encore un Noir et pas un monsieur de couleur, un vieux était encore un vieux  et pas un "aîné", un handicapé c'était pas une personne à mobilité réduite et un aveugle c'était pas un gars avec une déficience oculaire ou un malvoyant… et je pourrais continuer longtemps.
Et puis appeler un chat un chat n'empêche pas l'acceptation de l'autre. J'ai grandi dans les années 80 et ça n'a pas fait de moi une personne intolérante ou allergique à la différence. Arrêtons d'être choqué tout le temps pour tout !

Je n'arrive pas à me souvenir de quand le glissement a commencé à s'opérer, mais voilà où on en est maintenant. La peur de déplaire et le politiquement correct on fait leurs ravages, on est devenus, comme société, tièdes et consensuels. Et pas marrants.

Vraiment pas marrants.





2012/09/03

9 mai 2004


J'ai fouillé récemment dans mes vieux carnets de dessins et y ai trouvé - entre autres - ce texte intime décrivant à chaud mon départ de l'aéroport de Paris, accompagné de mes parents et de deux (grosses) valises. Intéressant de replonger dans l'état d'esprit de ce moment, surtout après 8 ans.

Je l'ai retranscrit tel quel.




Carte d'accès à bord

Air Transat
Vol TS611
De : Charles de Gaulle 3
À : Montréal / Mirabel

Départ : 9 mai 2004 - 13h05
Heure d'embarquement : 12h05 - Porte A3
Siège : 19K
Fumeur : Non


11h56.
L'embarquement ne va pas tarder (prévu à 12h05).
Je viens de dire au-revoir à mes chers parents (très chers parents !!). C'est émouvant, on souriait, on pleurait pas, mais je sentais l'émotion quand même. J'ai vécu plus d'un mois à Saint-Laurent, ça va me faire bizarre. Puis je vais m'habituer. C'est là que je réalise à quel point ce sont des gens formidables, plein de bons sentiments, le cœur sur la main, ouverts, aimants. Je les aime profondément.

12h00. Des Québécois derrière moi discutent. Je prends conscience de cette langue que je vais entendre là-bas ; je vais côtoyer des Québécois, travailler avec des Québécois, peut-être coucher avec des Québécois (!). Cet environnement nouveau m'excite énormément, et à la fois, je suis triste de "laisser" tout ce que j'aime ici. Je suis né en France et y ai vécu jusqu'à maintenant. Je réalise à quel point je vis l'expérience de ma vie (avec un grand "E").
Et puis c'est vraiment un tournant : je vais peut-être passer 6 mois au Québec, 1 an ou peut-être y rester 10 ans, ou carrément y rester… toute ma vie. Cette perspective (encore un peu floue dans ma tête) est impossible à imaginer. Mais je n'arrive pas non plus à me projeter dans 6 mois, je n'arrive pas à me dire justement que je ne vais y rester QUE 6 mois ; Parce que je n'ai tellement aucun projet en France non plus, je n'ai ni sentimentalement ni professionnellement d'attaches, je ne sais rien. 
Est-ce que je veux revenir à Paris ? J'en sais rien.
Est-ce que je veux vivre dans le Loir-et-Cher ? J'en sais rien.
Est-ce que je veux vivre ailleurs en France ? J'en sais rien.
Peut-être que j'attends tout simplement de cette expérience à Montréal qu'elle me donne des choix, des idées, de nouvelles pistes à explorer. De nouvelles rencontres qui provoqueront aussi de nouveaux choix, des remises en question, etc.
Je vais vivre un truc fort, génial j'espère.

12h14.
La salle d'embarquement se remplit doucement, mais l'atmosphère est plutôt calme.Chacun lit, écoute de la musique ou glande ; certains discutent, mais il y a relativement peu de bruit.

12h25.
Toujours pas d'embarquement. J'ai hâte que ça bouge un peu, je me sens pas hyper à l'aise dans ces endroits publics où rien ne se passe, où on attend sans cesse. Je me demande où sont Papa et Maman… sur le périph', sans doute… à l'heure qu'il est. Je ne sais pas ce qu'ils se disent dans la voiture, s'ils sont émus. Mine de rien, moi ça me fait bizarre. Je suis SEUL. Et là, j'en prends vraiment conscience.
Personne ne m'attend à Montréal.
Ni boulot, ni ami.
Je ne retrouve personne là-bas.
Que moi.


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15h30 (heure française)
L'avion est parti avec environ trois quarts d'heure de retard. À l'heure actuelle, on doit avoir dépassé l'Irlande, je pense. Je ne sais rien précisément, puisqu'il y a un film qui passe à la télé, et qu'on ne voit donc pas le trajet sur l'écran.
L'avion n'est pas très rempli, j'aurais cru qu'il serait plein en voyant le monde à Roissy dans la salle d'embarquement ; mais non, il y a plein de sièges vides.
Je me détends petit à petit. L'altitude est agréable et fait relativiser les choses, petits tracas y compris.
J'ai hâte d'arriver, maintenant.





2012/08/03

Raconte-moi Rimouski (partie 3)


On a quitté Montréal pour Rimouski, oui, mais à quoi bon quitter un immeuble en ville pour se retrouver dans un bloc avec pour seule vue des poubelles ou l'arrière d'un bar de danseuses ?
On a donc quitté la ville en optant pour le dépaysement maximal, la vraie affaire.
Dominic a été le plus inflexible des deux et je l'en remercie, car maintenant on a vue sur le fleuve (que dis-je, la mer !) à la journée longue.
L'argument que j'ai souvent entendu lors de la préparation de notre déménagement, c'était "Tant qu'à s'installer près de la mer, autant avoir les pieds dans l'eau dès qu'on sort de chez nous !". Ça tombe sous le sens.

Alors c'est fait. On a l'eau devant chez nous. Un drôle de sentiment au début, où je trouvais le paysage étrangement vide et plat. Habitué à voir des escaliers tournants, des gens rentrer ou sortir de chez eux, des écureuils, des pigeons sur les toits, des avions descendre vers l'aéroport, des gens traîner dans la ruelle, des chats errants errer, je trouvais la nouvelle vue déstabilisante. De l'eau. Juste de l'eau. Jusqu'à l'horizon. De plus, début avril, le gris dominait : gris le ciel, gris l'eau, pas d'arbre. Beaucoup de surface et pas grand-chose à y déceler… on se retrouve soudainement face à soi-même quand il n'y a rien vraiment à observer dehors.

Peu à peu, je me suis habitué à la vue. Je me suis déshabitué aux mouvements trop rapides, aux bruits agressants des sirènes, aux engueulades et aux ruptures amoureuses à la sortie du bar Chez Françoise. J'ai appris à voir plus de couleurs dans moins de couleurs, l'œil s'entraîne et s'affine, il a moins de contrastes à saisir, plus de distance à appréhender. On n'a pas le choix, on voit plus loin car moins d'obstacles devant.
Et puis, je n'apprendrai rien à ceux qui sont familiers avec la mer, mais ça n'arrête pas de changer. Et ça peut changer rapidement. Le ciel bleu vif et une mer calme qui ressemble à un lac peuvent devenir en dix minutes menaçants, gris et vert foncé, puis redevenir calmes cinq minutes après…
J'ai tellement entendu dire que la mer est très changeante que j'avais intégré moi aussi cette idée, sans y avoir vraiment réfléchi ni l'avoir vraiment vérifié. Eh bien c'est vrai ! Les mouettes, les canards, les phoques, les vagues, les marées sans cesse différentes, les roches qui apparaissent et disparaissent dans les eaux, et surtout la lumière, tout cela est en constant mouvement. Hypnotisant et magnifique. Ça aurait été dommage de s'installer dans les champs ou le bois de l'arrière-pays (même si c'est très beau là-bas aussi).

Pointe-au-Père était auparavant un village indépendant. Maintenant, c'est devenu un district de Rimouski. On est donc des Rimouskois sur le papier, mais dans les faits on est vraiment hors du centre-ville de Rimouski, à 13 kilomètres exactement comme me le dit mon odomètre de vélo.

Suivre la 132 en sortant de la ville sent les vacances. D'abord car on doit passer devant le port et y voir tous ces voiliers, bateaux de pêche et traversiers ; un enchevêtrement de mâts et de cordages hyper-fouillis mais qui fait tellement le charme des bords de mer… et puis, les poissonneries qui se trouvent en bord de route, avec leurs dessins de crabes, de homards et de poissons ; les motels, aussi, ça rappelle les vacances ; leurs noms et celui des gîtes et auberges dans lesquels on retrouve souvent les termes "mer", "anse", "baie", "marée"… Ça, c'est sans compter l'odeur : caractéristique de la mer, impossible à décrire vraiment, mais tout le monde voit ce que je veux dire.

Quand je suis arrivé, début avril, je m'emplissais les poumons sans arrêt de cette senteur, comme si je n'allais passer ici que quelques jours ; on est trop habitués à l'idée d'être au bord de la mer juste en vacances. Une petite appréhension me titilla alors : est-ce que je vais tellement m'habituer à cette odeur que mon nez va arrêter de la percevoir ?
Quatre mois plus tard, mon nez sent toujours et s'émerveille encore. Ouf ! D'autant plus que la finesse de l'odorat n'est pas mon point fort.
Bien sûr, l'odeur varie selon l'humidité ambiante, la température, le fait que la marée soit haute ou basse, le fait d'avoir un rhume ou non, et le nombre de personnes qui ont tiré leur chasse d'eau à Montréal... ah, et le vent, bien sûr ! Comment l'oublier, lui ? À me déplacer à vélo, j'en ai bien conscience, du vent. Lui, il sait ne pas se faire oublier !
Bon, soyons indulgent car il y a des journées entières sans vent aucun, et le fleuve pourrait à ce moment-là être un lac. PAS UNE vague, pas un bruit.
Et d'autres où on se croirait sur le bord de l'océan, avec les rouleaux qui viennent s'écraser sur la plage avec les gros schploufchrrrrrrrrr caractéristiques. Ces jours-là, être à vélo est toute une aventure, dans un sens comme dans l'autre : soit on avance aussi vite qu'à pied, soit on atteint les 50km/h (fait vécu !)… c'est chouette et pas, ça dépend… mais c'est ça, la mer. Et on dirait que j'accepte davantage ces inconvénients de déplacement parce que, justement, c'est ça la mer. Une mer sans vent, c'est pas vraiment la mer.


Le soir, je me promène souvent sur la plage une fois le soleil couché, quand il fait sombre. Edgar (pour ceux qui ne savent pas, mon chat) marche à côté de moi. Oui ; pendant que Croûton (l'autre chat) tue des souris à tour de patte et mène sa vie de chat ordinaire, Edgar suit ses maîtres partout. Il adore ça. Il marche, il escalade les roches comme un chat, mais il reste à côté et accourt quand on l'appelle. Je suis sûr qu'il a déjà été un chien dans une vie antérieure.

Depuis que l'été est là, j'aime aussi marcher sur la plage pieds nus ; ça me fait me sentir en vacances à 50 mètres de chez moi.

Un soir, donc, la situation m'a sauté aux yeux. J'étais assis dans le sable à regarder les toutes petites lumières de la rive d'en face. Le trafic sur la 132 s'étant calmé, c'était très silencieux. Quelques lumières chez les gens (dont nous, les couche-tard du coin, j'ai l'impression), un fleuve calme et Edgar qui fouine pas loin de moi.

Ma réflexion à ce moment là : C'est typiquement le genre d'endroit dans lequel on ne se trouve qu'en vacances, habituellement. Le genre d'endroit dont on se dit "J'aimerais tellement rester là… fait chier de devoir rentrer à la maison et de reprendre mon boulot et mes habitudes !". Jusqu'à maintenant, je ne me suis trouvé au bord de la mer qu'en été et qu'en vacances, ce qui est normal pour la plupart d'entre nous. Et comme certains, je me suis imaginé rester là et ne pas rentrer chez moi.

Maintenant, mon chez-moi, je le vois depuis la plage. Tellement un drôle de sentiment.

Une bouffée de satisfaction m'a rempli ce soir-là.

Car, plus que de vivre ici, j'ai réalisé qu'on y est parce qu'on l'a voulu. Tout simplement. Dominic et moi, on a fait un choix (et les sacrifices qui vont avec), et à présent je me promène avec Edgar sur la plage le soir pendant que Croûton, qui n'était jamais sorti d'un appartement jusqu'au mois d'avril, tue des souris dans la nuit.

Bien sûr, je sais que la vie reste la vie, il faut payer ses factures, travailler, avoir des contraintes, et rien n'est facile. Mais déjà, avoir ce décor dans nos vies, c'est pas si mal, non ?

Pendant que j'écrivais ces lignes, Edgar est sorti. La nuit tombe tout doucement. C'est marée basse.


Tout à l'heure, j'enlèverai mes pantoufles, mes chaussettes, et j'irai le rejoindre dehors.

Dans notre beau décor.



2012/06/11

Raconte-moi Rimouski (partie 2)


On va commencer par une description de type encyclopédique-wikipédienne.
Rimouski, c'est une ville située à grosso modo 550 kilomètres de Montréal. Québec est donc plus proche de Montréal que Rimouski de Québec.
C'est aussi la ville la plus importante de la région du Bas-Saint-Laurent, et ce, à plusieurs niveaux : démographique, économique, culturel, industriel, commercial, éducationnel…
Ville étudiante dotée d'une université, elle est donc jeune, vivante, et ses bars bien remplis le week-end. S'y côtoient jeunes allumés et douchebags écervelés, mais ça, c'est comme partout.

Il y a un peu moins de 50 000 habitants à Rimouski. Bien des arrondissements de Montréal sont plus peuplés, et la ville de Blois, en France (que je connais bien), d'une population équivalente, est considérée là-bas comme une petite ville de province, pour ne pas dire un trou. Oui, carrément ; un trou.
Cela fait-il de Rimouski un trou ? On va essayer de décortiquer ça.

Bon, on ne se voilera pas la face : pour un Montréalais citadin habitué à vivre au milieu de kilomètres de rues, et qui a besoin de sa dose de spectacles, expos, événements culturels et tutti quanti, ça va ressembler à un trou perdu, certains considérant déjà Québec comme un village. On sort (très) vite de Rimouski, et même en "plein cœur" du centre-ville, on voit la nature environnante, le fleuve et ses îles d'un bord et les fermes sur les collines de l'autre. Pas d'autoroute à 6 voies ou des pylônes à l'horizon, sans parler des avions qui (ne) passent (pas) dans le ciel. À la limite, un train la nuit et quelques voiliers dans la baie. Les embouteillages, on oublie ça, les tours de 30 étages et les centres commerciaux souterrains aussi.

Ce qui évite à Rimouski d'être un trou ? En partie sa situation géographique. Une ville identique en banlieue de Montréal serait engloutie par le reste, littéralement. Terrebonne, par exemple, passe inaperçue car trop près de Montréal, même en étant peuplée de plus de 100 000 habitants. Mettez Terrebonne dans le nord, à 300 km de toute civilisation et elle deviendra imposante ! Un vrai New York en pleine forêt !
Rimouski jouit de cet aspect, c'est indéniable. Je ne dirais pas que la ville est imposante, mais c'est une vraie ville, la seule de la région ; et, d'ailleurs, la plus grande ville à l'est de Québec sur la rive sud du fleuve. Donc, point de ralliement pour de nombreux Bas-Laurentiens, Gaspésiens et même certains Néo-Brunswickois, que ce soit pour achats ou sorties.



Et sinon, à quoi ça ressemble, alors ?

Bon, on arrive de l'ouest (Rivière-du-Loup), on a passé le Bic et repris la 20. Après quelques kilomètres, quittons l'autoroute. Il y a quatre sorties possibles : on évitera la 606, qui nous amène dans le secteur résidentiel de Sacré-Cœur, pour prendre plutôt la 610, "Centre-ville, Sainte-Blandine". D'abord, il faut passer au-dessus de la rivière Rimouski. Elle est pas mal en contrebas de la route, et au milieu d'un quasi-canyon, très tumultueuse. Il y a paraît-il de beaux coins à découvrir avec chutes et sentiers de vélo de montagne super ardus un peu en amont, mais je ne suis pas encore allé voir.

Juste après, la ville se dévoile.
Quelques constructions campent immédiatement le décor : la cathédrale, le cégep, l'hôpital, deux ou trois tours d'habitation, et, surplombant le tout, l'UQAR, l'université locale. C'est à peu près tout concernant le skyline.

On descend la côte de la montée Sainte-Odile, longe le parc Beauséjour le long de la rivière, arrive en plein centre.

Ici, c'est le grand classique : UNE rue principale qui regroupe à peu près tous les commerces, bars et restos de Rimouski. C'est sur la rue Saint-Germain que ça se passe. Manger, boire, se cultiver, acheter du chocolat, aller à la poste, s'acheter un bouquin ou une fringue, c'est là. Le samedi soir, les bagarres, c'est là aussi. Un beau char neuf à montrer à tout le monde ? Là aussi.

Plus loin derrière, c'est le fleuve, que longe la route 132, ici boulevard des Navigateurs (le nom a semble-t-il changé très récemment). Chose particulière à Rimouski, le bord de l'eau n'est pas particulièrement utilisé, si on excepte la splendide Promenade de la mer (pour piétons et vélos, avec quelques très chouettes passerelles pour flâner imitant le pont d'un paquebot de croisière). Pas de terrasses de restos ou de cafés, juste un boulevard assez passant. En fait, c'est "le dos" de la rue Saint-Germain. Du fleuve, depuis la promenade, on voit surtout l'arrière des boutiques et des restos. Les portes de garages et les accès pour les livraisons, les stationnements bétonnés.
Ceci dit, depuis que je vis là, j'ai trouvé un début d'explication à pourquoi le bord de l'eau n'est pas plus utilisé. Je crois que le vent du large et la fraîcheur qu'il apporte auraient raison des têtes brûlées qui auraient décidé de s'attabler sur une terrasse pour siroter un café. Un, la table serait renversée en moins de deux, deux le café renversé sur les genoux brûlés du malheureux ou de la malheureuse, trois les malheureux en question engloutiraient leur café en trois minutes histoire de ne pas se geler plus longtemps sur cette terrasse de merde.

Et quatre, qui a finalement envie d'être attablé au bord d'une route à 4 voies ?

Puis, le fleuve, c'est de près qu'il faut le voir, pas depuis l'autre côté du boulevard.
Allez, traversons la route.

Il y a, donc, la Promenade de la mer. Une très belle réalisation, faite avec goût. Des lattes de bois, et surtout ce parti-pris très intelligent d'avoir reproduit un pont de bateau. J'adore. Peinture blanche, passerelles qui font résonner les pas, belvédères qui permettent une vue large sur la baie, bornes clignotantes avec indication de marées montantes ou descendantes… comment assumer pleinement le côté maritime de Rimouski, en jouant à fond la carte "paquebot". Je le répète, j'a-do-re.

De la Promenade, un coup d'œil en face et on comprend pourquoi on est venus là.

Le Fleuve Saint-Laurent.

Plus rien à voir avec l'étroitesse dont il souffre à Montréal, au milieu de béton, d'écluses et de pylônes. Ici, il est majestueux. Sans lui, la ville perdrait au bas mot 70% de son charme, c'est sûr.
Il agit comme un aimant ; on ne peut l'ignorer, tout nous ramène à lui. L'odeur, les mouettes, le vent chargé de sel et la pureté de l'air. Un fleuve-mer qui subit des marées, sur les berges duquel on retrouve des carapaces de crabes, du varech et des squelettes d'oursins. Rien n'arrête le regard qui embrasse l'horizon, la Côte-Nord très lointaine visible quand il fait beau. Le soleil qui se couche pile en face de la ville et qui produit des couleurs magnifiques dignes des affiches ringardes qu'on accrochait dans notre chambre à 14 ans. Ça existe, des couchers de soleil comme ça, vraiment. J'en vois chaque jour, à présent… s'il fait beau.

Le Fleuve, le Fleuve, le Fleuve. Oui, on a envie d'y mettre une majuscule tellement il le mérite. Il rythme la vie de ses marées, il est toujours le même et toujours différent à la fois. Je crois que j'en deviens accro.

Je crois que je vais en reparler, surtout.


Parce que nous, où on habite, ce n'est plus vraiment Rimouski. C'est encore plus calme.
Et il y a encore plus de Fleuve, on dirait.


La prochaine fois, je vous raconte… Rimouski. District Pointe-au-Père.




2012/06/02

Raconte-moi Rimouski (partie 1)


Prenons le Québec. 
En bas, là, tout en bas, il y a Montréal, point d'arrivée des visiteurs, des immigrants (et souvent leur résidence définitive). Peut-être la seule ville du Québec dont le nom est connu outre-Atlantique (y a-t-il des Français qui connaissent Québec, la ville ? Même pas sûr)…

À Montréal, prendre un des ponts qui traversent le Saint-Laurent. Bon, Jacques-Cartier, par exemple. Nous voilà à Longueuil, la banlieue, et le moment de s'engager sur la 20, l'autoroute Jean-Lesage. Direction est, hein, sinon on va se planter.

Ça y est, on est sur la 20, c'est pas génial comme paysage, banlieue, banlieue, banlieue, Ikéa, des voitures partout. Ça dure longtemps, cette banlieue-là, avec ses développements domicilaires tous pareil qui poussent comme des champignons. 
On traverse la superbe rivière Richelieu, au pied de l'imposant mont Saint-Hilaire. On continue. Camping Sainte-Madeleine, en plein au bord de l'autoroute (qui veut vraiment camper là ?). Des champs. Encore des champs. C'est plat, terriblement plat, cette région. Si c'est votre première fois au Canada, vous allez vous demander où elles sont, toutes ces belles collines couvertes d'arbres multicolores avec un lac au dessous.
Saint-Hyacinthe (qu'on prononce SaintE-Hyacinthe). Drummondville (rien à voir avec le Monsieur Drummond dans Arnold et Willy). On reste sur la 20. C'est pas compliqué. On y r-e-s-t-e.
Une petite accalmie au niveau du trafic, qui va de pair avec l'apathie de rouler tout droit sur un paysage plat et sur une route droite. L'horizon semble loin. Puis, tranquillement, des autos se joignent, la route devient plus achalandée. Ça y est, on approche de la grande ville, l'autre grande ville. Québec se dévoile au loin, avec ses quelques gratte-ciel. 
La toute première fois que je suis allé à Québec, j'avais d'ailleurs été décontenancé par ce "skyline" ; ayant lu partout des textes dithyrambiques sur la beauté de cette vieille ville et ses maisons de pierres, je me demandais où j'arrivais. Je vous rassure, Québec c'est très beau. Mais il y a aussi des coins modernes, on est en Amérique du Nord, n'oublions pas !

Attention, on ne prend pas les ponts pour aller à Québec, on continue sur la 20 encore et encore. On n'a même pas fait la moitié du chemin. Direction Rivière-du-Loup, maintenant.
Passé Lévis (le Longueuil de Québec), ça change radicalement. C'est là qu'on peut comprendre à quel point la province du Québec est peuplée, "animée" autour de ces deux pôles, Montréal et Québec (et surtout Montréal). L'essentiel du trafic a lieu justement sur la 20, entre ces deux villes. Après, on entre dans une autre catégorie. Chaque kilomètre, on s'éloigne un peu plus de la civilisation. Les voitures se font de plus en plus rares. Les villages de plus en plus épars, la forêt plus présente, les lignes électriques et pylônes, moins.
Surtout, le paysage perd sa "plateur" monotone. Il y a des collines, maintenant.
Puis le fleuve commence à s'ouvrir. Ça y est, on le voit, il est beau, avec l'île d'Orléans, les montagnes de plus en plus hautes de la rive nord. Petit sourire en contemplant le paysage (s'il fait beau, en plus, c'est mieux !).

Montmagny. Saint-Jean-Port-Joli. L'Islet. Toujours la 20, toujours tout droit (il y a une autre route, la 132, qui longe le fleuve et traverse les villages, mais assez de digressions, on va à Rimouski, alors pas de détours !). 
Parfois, le paysage, malgré son côté bucolique-forestier, redevient monotone. Parce qu'il n'y a pas grand-chose et que la route est quand même longue.
Quelques collines éparses apparaissent dans le lointain. Le fleuve se dévoile à nouveau. Il est devenu soudainement très large, les montagnes sur l'autre rive sont loin, tout à coup. 
La Pocatière, ça y est : on est officiellement dans le Bas-Saint-Laurent, notre nouvelle région de résidence. 
Les collines se succèdent, elles sont de plus en plus découpées. On est du côté de Kamouraska, Rivière-du-Loup n'est plus très loin.
Quelques kilomètres avant Rivière-du-Loup, il y a le choix entre deux directions. Comme on roule tout droit depuis Montréal, on n'est plus habitué ! Pourtant, histoire de rester en terrain connu, ce sera… tout droit. Rimouski est indiqué, ça y est. Arrêt-pipi à Rivière-du-Loup. Dans une heure on sera arrivés.
Quelques kilomètres encore sur l'Autoroute 20, puis elle finit là. Finie l'autoroute ! La route 132 (qui part, elle aussi, de Montréal, en parallèle) prend le relais.

Sur la 132, le feeling est différent. On roule moins vite et on traverse tous les villages. Surtout, on longe le fleuve de près. Il est devenu encore plus large, l'autre rive est vraiment loin. Il y a un côté maritime au paysage, avec ces maisons de bois qui semblent abriter des familles de pêcheurs, ces gros bateaux qu'on voit au loin, sur le fleuve, ces villages colorés et à l'aspect plus rustique qu'auparavant. 
On traverse Trois-Pistoles, ou plutôt, on la contourne. À présent, chaque localité se traverse en moins de deux. Transposées en France, ces "villes" seraient d'insignifiants villages, mais ici elles sont les seules du coin et revêtent une tout autre importance. Trois-Pistoles n'est pas plus grosse que le village où mes parents habitent, mais isolée comme elle est, elle devient "ville importante", ici.

Là, ça devient sérieux. Le décompte des villages est lancé ! Malgré les kilomètres qui les séparent, ils semblent proches. Peut-être qu'on a hâte d'arriver, rendu là. Saint-Simon. Saint-Fabien. Les montagnes pleines de caractère du Parc du Bic (j'en reparlerai !). Le village de Bic, lui c'est le dernier avant Rimouski. Et, en fait, on est déjà à Rimouski puisque le village en est un des districts.

Sortis du Bic, la 132 redevient la 20 pour quelques kilomètres. Mais attention, là, une petite 20. Une route à deux voies, parfois trois pour dépasser. Une 20 "de région", on est loin des grands axes routiers. La circulation est fluide, bien qu'un peu plus importante qu'auparavant. Ça reste pépère.

La route passe au-dessus de la tumultueuse rivière Rimouski, rivière à saumon.
On devine la ville en arrière des arbres.

On est arrivés.

C'est tout ?

Non. Promis, la prochaine fois, je vous raconte Rimouski.



Pourquoi je ne parlerai pas du conflit étudiant


Parce que - au départ - je ne suis pas quelqu'un qui aime les sujets polémiques.

Parce que l'émotion est à fleur de peau et les esprits s'échauffent.

Parce qu'il est difficile d'en parler sans risquer que ça tourne au pugilat (verbal ou non).

Parce qu'il nous manque du recul, bombardés d'infos que nous sommes.

Parce que beaucoup beaucoup de gens en parlent déjà, et tout le temps.

Et parce que, surtout, à force d'en entendre parler, je ne suis même plus sûr de ce que j'en pense.


Le web regorge d'endroits où tenter de se faire une tête. Moi, je vais attendre un peu.



2012/05/06

Un mois déjà...


Voilà. Un peu plus d'un mois passé à Rimouski.

Ce n'est rien, et c'est déjà beaucoup.

Assez pour faire tout doucement le deuil de la Métropole, de se refaire de nouveaux repères, de vivre à un autre rythme et de s'habituer à de nouveaux sons, paysages, lumières, odeurs…

Il y a, bien sûr, le calme. On s'y fait très vite. L'absence de bruit du trafic automobile, l'absence de sirènes de police, d'ambulances ou de pompiers… et, surtout, plus le bruit de fond permanent de la ville. Je n'ai pas réalisé tout de suite que je ne l'entendais plus, mais à la longue on s'en rend compte. Ça fait du bien.

Il y a l'air, aussi. Pur et sans cesse renouvelé par un vent revigorant. On s'en emplit les poumons à longueur de journée. Les odeurs de la mer, le varech sur la plage, tout un dépaysement. Ça sent les vacances, et pourtant c'est chez nous maintenant.

Il y a les gens. Surtout.
D'une chaleur et d'une jovialité presque gênante, tellement c'est immédiat.
Pour quelqu'un comme moi, solitaire et - à mes heures - asociable, ça aurait pu représenter un challenge ou, pire, un inconvénient. Eh bien, pour le moment, c'est plutôt le contraire. Je me découvre un plaisir à jaser avec les voisins et à faire un sourire et un p'tit bonjour aux gens croisés à pied ou à vélo. On redécouvre une humanité de proximité propre aux campagnes. Réconfortant.

Rimouski a beau être une ville moyenne, même une grande si on compare à la Gaspésie toute proche ou à la Côte-Nord, de l'autre côté du Saint-Laurent, elle reste quand même toute petite comparée à Montréal.
Ici, nos yeux en saisissent les limites. Au bord de l'eau, sur la magnifique Promenade de la mer, en regardant vers les terres, on voit les fermes au sommet des collines. La ville est finie, là-bas. À Montréal, je ne voyais jamais la fin des rues. J'étais enserré dans le béton et la brique. "Imbriqué" ?

À Rimouski, il n'y a pas 50 quartiers à découvrir, 3000 rues à parcourir et 750 restaurants à essayer.
On commence déjà à reconnaître des visages, à aller aux mêmes endroits. Le meilleur resto de la ville, on l'a déjà fait. Il n'y en a plus d'autres ; c'est celui-là. Faudra s'y faire.

C'est ennuyeux ? Ça fait peur ? Il y a des manques ?
Un jour, peut-être, ça viendra. Je ne sais pas. Le virage est encore frais.

Mais pour le moment, j'adore ce fait, justement, d'être dans un environnement dont on fait peut-être plus vite le tour, mais qui offre, en contrepartie, une plus grande humanité.
Plus facile de faire sa place quand les gens te connaissent, te conseillent, te réfèrent, savent qui tu es. Tu n'agoniseras pas dans la rue sans que personne ne s'arrête pour t'aider. 
Tu n'es pas invisible. 

J'avais oublié ce que ça fait. 


2012/04/07

La non-communauté

Cette semaine, j'ai lu un texte sur le forum d'Immigrer.com. Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est un site d'informations et de discussions sur l'immigration au Québec. Un site de référence, d'ailleurs, probablement le plus connu.
Le texte en question, écrit par un Français récemment arrivé à Montréal, porte sur "La Petite France à Montréal", bien évidemment le quartier du Plateau. J'y ai travaillé assez longtemps pour savoir qu'on entend en effet plus souvent dans la rue l'accent français que l'accent québécois.
Le texte, sans parti-pris, raconte la vie quotidienne dans le quartier.

C'est ce que j'ai lu dans les commentaires qui m'a donné l'idée d'écrire ce billet.

Dans ces commentaires, plusieurs personnes rapportent le fait que le Plateau manque d'authenticité dû à cet énorme engouement des Français pour lui. En gros, si tu es Français, à Montréal, tu devrais plutôt l'éviter. J'aurais d'ailleurs tendance à être d'accord avec ça.
Un autre forumeur répond à ça que les Français, justement, détestent se retrouver au milieu de leurs compatriotes à l'étranger. C'est à celui qui s'intègrera mieux que les autres, en évitant ses semblables, et en le les aidant surtout pas. Il trace le parallèle avec les autres communautés montréalaises, Italiens, Maghrébins, Chinois, Latinos, Haïtiens, Portugais, etc., qui, eux, aiment être entre eux. Une communauté forte, soudée, qui aide les nouveaux arrivants en les accueillant en leur sein.

Ce point attire mon attention. Ce n'est pas la première fois que j'entends ça. J'ai aussi déjà remarqué que le concept de "communauté française" n'existait pas. Il peut y avoir 50% de Français sur le Plateau Mont-Royal, il n'y a pas pour autant de "communauté". Pas plus à New York, pas plus à Londres, pas plus à Dublin, dans des villes où la population originaire de France est pourtant très grande.

Est-ce que les Français se détestent tant que ça ? Je ne crois pas. La plupart des Français de Montréal côtoient d'autres Français, mais la différence avec les autres communautés, c'est que c'est peu assumé. Peu de mes compatriotes (et je m'inclus tout-à-fait là-dedans) sont fiers de côtoyer principalement des "semblables", ils veulent avant tout "s'intégrer".
J'ai moi-même cette vision et ai beaucoup de mal avec les rassemblements communautaires, qui divisent les citoyens plutôt qu'autre chose.

Pourquoi ce besoin de s'intégrer et ne pas se rassembler, alors ?

Au Québec, à mes débuts, je voyais d'un mauvais œil les drapeaux québécois partout.
Ça me gênait. Tout comme les mentions "Fait avec fierté au Québec" ou "Fièrement canadien" sur certains emballages à l'épicerie.
C'est la même chose aux États-Unis, et une personne débarquant de France aura le même sentiment de malaise face à ça (je crois à ce propos que la détestation viscérale des Français pour les Américains vient en partie de la fierté hyper-assumée de ces derniers à être ce qu'ils sont, même dans leurs pires côtés).

En France, arborer un drapeau français et en être fier est complètement tabou, honteux. Il n'y en a aucun sauf sur les édifices institutionnels et gouvernementaux. 
Pourquoi ? Parce que le drapeau tricolore a été complètement accaparé par le Front National, et qu'ils en sont depuis les seuls garants. Un Français fier de l'être est aujourd'hui d'extrême-droite, pas d'autre choix. Il ne reste aux autres que la honte ou l'indifférence.
C'est très paradoxal car il n'y a pas plus chauvin qu'un Français ; ce chauvinisme est juste très mal assumé.
Fier, oui, mais pas devant les autres.

Je crois que loin d'être anodin, ce point explique pas mal de choses.
Dès l'enfance, on t'inculque qu'il ne faut pas être trop fier de ton pays, que ça ne se fait pas. Ça renferme, ça exclut. La patrie, la nation, c'est réservé aux vieux cons qui ont fait la guerre et n'aiment pas les Étrangers, c'est tout.


Il y a aussi, et surtout, l'organisation sociale de la France.
Depuis toujours, la France est davantage hiérarchisée en classes socioéconomiques (riches d'un côté, pauvres de l'autres, profs d'université et ouvriers ne se cotoyant presque pas, etc.) mais pas en communautés "ethnoculturelles" ou religieuses, comme c'est le cas au Canada.
À l'école, les petits d'origine étrangère passent dans le "moule français", et tous se mélangent. Les particularités culturelles de chacun ne sont pas mises de l'avant.
OK, le mélange ne se fait pas toujours très bien, mais le message qu'on tente de faire passer en est un d'intégration avant tout.

On vise le vivre-ensemble plutôt que le vivre-côte-à-côte.


Un Français qui grandit et évolue avec ces notions sera tout naturellement porté à éviter ses compatriotes dans une ville étrangère ; l'idée de "communauté culturelle" représente davantage l'enfermement que l'ouverture, vu de même.
Les communautés, c'est sympa, c'est chouette, mais seulement pour les autres, les Chinois, les Maghrébins (en plus c'est exotique), mais pas pour nous.

Est-ce nécessairement un mal ? Bien sûr que non, je ne crois pas.
S'enfermer dans une communauté est sûrement la pire façon de s'intégrer dans un nouveau pays. À ce propos, les Français sont sûrement parmi les immigrants les mieux intégrés du Québec. 

Et de ça, on peut être fier !




2012/03/25

La porte d'entrée

Les raisons pour vouloir déménager de la Métropole vers la région sont nombreuses. Qualité de vie, calme, coûts, etc. 
On sait tous ça.

Pourtant il y a un autre aspect. Moins avouable car pouvant facilement être mal interprété.

C'est qu'à Montréal, je ne me suis jamais senti tant que ça au Québec.


Montréal, c'est ce que Paris est à la France ; c'est ce que Londres est au Royaume-Uni ; c'est ce que New York est aux États-Unis. Une grande métropole (beaucoup la trouvent petite, mais je la trouve grande), très diverse, très cosmopolite, polyglotte. 
Le samedi après-midi, sur Sainte-Catherine dans le centre-ville, on entend d'ailleurs une multitude de langues dans la rue. J'en ai fait plusieurs fois l'expérience. Le mélange est hallucinant. Les yeux fermés, il serait difficile de deviner dans quelle ville on se trouve. Berlin ? Londres ? San Francisco ?

Les grandes villes s'uniformisent. Il devient de plus en plus difficile de se sentir ailleurs, d'être dépaysé. S'il y a une mondialisation de l'économie, il y a aussi une mondialisation de la démographie. On mange des sushis avec Sven à Chicago ; on danse la salsa avec Mohammed à Londres ; on défile pour le nouvel an chinois avec Boucar et Stanislava à Copenhague. Comme à Montréal le samedi au centre-ville, si on ferme les yeux dans la rue à Chicago, à Londres, à Copenhague, on aura la même difficulté à se situer, on ne saura pas vraiment où on est.



C'est ce qui est, peut-être, la plus grande différence entre Montréal et le reste de la Province. Plus encore que l'opposition ville versus campagne, smog versus air pur, bouchons versus circulation fluide, bruit versus silence…
La composition démographique.

Hors de la Métropole, il n'y a que des Québécois. Ils "parlent québécois", s'appellent Tremblay, Gagnon ou Desjardins. C'est peut-être cliché, mais on se sent drôlement au Québec, là-bas. Il y a un fossé plus grand entre Montréal et Mont-Laurier qu'entre Montréal et Toronto. Vraiment.


J'ai peut-être l'air de généraliser, d'opposer Montréal, qui serait un Québec "pas pittoresque" et le reste qui serait un "vrai Québec". Pourtant, quand on dit "un Québécois", imagine-t-on VRAIMENT un gars d'origine russe vivant à Montréal, et qui parle à 90% du temps en russe avec ses voisins et collègues ? Non. Je parie que la grande majorité des gens imaginent un "Canadien-Français" qui parle en joual, qui aime le hockey et a du sirop d'érable dans son frigo ! Même si on se défend de faire des généralisations, on se rattache à des images, qu'on le veuille ou non. Quand on me parle d'un Italien, désolé mais je ne m'imagine pas un Chinois qui parle... chinois. Ben non !
Je n'ai, à ce propos, jamais pensé qu'habiter sur le territoire du Québec suffise à faire de nous un Québécois, comme habiter au Vietnam ne rend pas vietnamien. Il y a des codes à apprendre et une culture à assimiler. Et il faut le vouloir, surtout.


Pourtant, quand je vivais à Paris, toutes les cultures m'attiraient. Toutes, sauf une. Je me foutais complètement de la culture française. Je suis français, je porte des racines françaises en moi, je n'avais donc aucun intérêt à en découvrir davantage. C'était aussi ce qui différenciait la vie à Paris de la vie de province que j'avais connue avant. À Paris, je m'ouvrais sur le monde entier. Super enivrant.

Plusieurs années ont passé, j'ai quitté la France pour le Québec, et le paradoxe de ma condition d'immigrant, c'est que je suis plus sensible maintenant à la notion de "culture majoritaire" ; d'autant plus que Montréal est un gros mélange parfois difficile à appréhender. Même si ce côté très "ville mondiale", "nations unies" où tous les pays sont représentés a son charme, en même temps il complique l'intégration. J'ai besoin de savoir à quel pays je m'attache, où je suis. Être plus qu'un "citoyen du monde" qui vient de partout et nulle part à la fois.


D'ailleurs, si j'en juge par le nombre de mots et d'expressions québécois que s'obligent à utiliser dès leur arrivée (et maladroitement) les Français du Plateau, en tant qu'immigrants on a tous la même envie. Devenir, en vivant ici, un peu québécois. On espère secrètement sympathiser avec les "indigènes" et on est fier quand nos familles et nos amis voient qu'on ne côtoie pas juste d'autres Français ou immigrants. Finalement, on ne considèrera pas son immigration comme complètement réussie tant qu'on n'aura pas d'attaches sentimentales réelles avec des Québécois (voir la définition d'un VRAI plus haut ;-), pas le Russe, là ;-))

Dans mon cas, je peux me compter chanceux, j'ai ici des amis, un amoureux et une belle-famille, ce qui est un très bon début ! Ces attaches sentimentales m'ont simplement donné envie d'aller encore plus loin sous la surface. De savoir le Québec comme je sais la France.


Montréal, tu as été une super expérience. Tu m'as ouvert une porte sur le Québec.
À présent, je suis prêt à franchir le seuil et à aller voir plus loin...



2012/03/13

Désinformez-moi

La revue de presse du matin sur Internet.
La distribution du journal Métro à l'entrée de la station du truc du même nom.
Les écrans de télé dans ledit métro qui jouent l'actualité en boucle.
Les collègues de boulot qui parlent des gros titres ou des entrevues de Tout le monde en parle la veille.

Rien ne nous échappe plus. Nouvelles 24h/24.

Des guerres les plus violentes aux potins de stars les plus insignifiants.
Une hôtesse de l'air pète les plombs sur un vol obscur ? On le sait. Un alligator aboutit dans les toilettes d'une madame en Floride ? On le sait. Justin Bieber achète une casquette dans un magasin parisien ? On le sait aussi.

Depuis quelques années, je boycotte le journal gratuit du matin. Je considère qu'aller se remplir le cerveau de nouvelles, une fois encore, dans les transports en commun, est une fois de trop. Du papier gaspillé, en somme. Des arbres abattus pour qu'on sache quoi ? On a tout lu sur Internet avant. Et si on ne l'a pas lu avant, la radio, la télé, les collègues ou les amis nous le diront.
Mais, même sans journal du matin, sur la ligne verte, les autres voyageurs me ramènent l'actualité sous le nez. Ils la lisent, eux. Je n'y échappe pas. Au métro Berri-UQAM, rebelote. Je baisse les yeux. Je ne veux pas voir les écrans de nouvelles qui tournent en boucle.

Est-ce vraiment indispensable de s'informer autant ? Quel pourcentage de nouvelles est vraiment important ? Lesquelles nous concernent, nous, tout un chacun, réellement ?


Parfois je m'ennuie d'une époque que je n'ai jamais connue. Celle où on ne savait pas ce qui se passait à Tokyo ou à Kaboul. Une époque sans flux de nouvelles (quelle belle expression !).

L'apport continu d'information est anxiogène. Et inutile.

J'ai des envies récurrentes de retraite en monastère ou au fin fond de la Pampa, afin d'échapper au flot. Ne plus savoir ce qui se passe dans le monde, ne serait-ce qu'une semaine. Non, pas une semaine, c'est pas assez. Un mois. 
UN MOIS ??? Ça semble fou, non ? Un mois sans rien savoir de l'actualité ???? De quoi se sentir coupable, comme si se tenir au courant était obligatoire...

Eh bien parfois, j'ai bien l'envie de ne plus me tenir informé, justement. Comme quand on part en vacances pour "décrocher". C'est pas chouette, ça ? Marcher sur la plage au soleil couchant, en profitant du magnifique paysage, juste du paysage. C'est calme, hein ? Les guerres, loin. Justin Bieber, loin aussi.
Et quand on revient, on a toujours ce sentiment étrange que rien n'a bougé, comme si on s'attendait à ce que tout soit bouleversé. Car à force d'être bourrés de brèves, on finit par croire que le monde bouge beaucoup plus vite qu'en réalité.

Parlant de vacances, c'est décidé. Je vais prendre des congés d'info de temps à autre. Quand vous me verrez, je ne serai au courant de rien, ou alors pas grand-chose. Je vais peut-être avoir l'air benêt au début, mais n'ayez pas peur, j'ai plein d'autres choses à raconter.


2012/03/07

La vie, c'est dangereux

On est mercredi.

Lundi matin, je me branche sur le site de Cyberpresse, comme à chaque matin, par réflexe. Je parcours comme toujours les articles en diagonale. Je jette toujours un œil à la "question du jour", bien que ce soit rarement intéressant.

Ce lundi matin-là, ce que je vois comme question du jour me désespère.

"Devrait-on obliger les passagers des autobus interurbains à porter une ceinture de sécurité ?"
J'ai même pas le temps de réfléchir. Je réponds. Un gros NON.
Réponses du sondage : Oui 53%, Non 39%.

Je replace dans le contexte : la semaine dernière, un autobus a dérapé sur la chaussée glacée, dans le Centre-du-Québec. Deux morts et 43 blessés.


Mardi matin. De retour sur Cyberpresse, un des articles qui fait la une : "Deux coroners préconisent d'interdire la vente libre des sirops contre la toux ; dorénavant, il faudra les demander au pharmacien, bla bla bla."
La question du jour, du genre "êtes-vous d'accord pour interdire la vente libre des sirops contre la toux ?"
Oui 51%, Non 43%.

Je replace dans le contexte, cette fois encore. Deux hommes, un de 65 ans qui a consommé de très grandes quantités d'un certain type de sirop (pour guérir plus vite j'imagine), et un de 64 ans qui a pris un certain sirop mélangé à d'autres médicaments, sont morts. Deux personnes, peut-être malchanceuses, peut-être un peu irresponsables. Et là, panique. Les sirops contre la toux, c'est dan-ge-reux. On ne rigole pas avec ça.

La ceinture de sécurité dans les autobus, c'est du même tonneau. Des gens sont morts, et il faut em-pê-cher-ça-à-tout-prix. Bien d'accord, sauf que la mort ou les accidents, ça arrive, dans la vie. 


Ces deux exemples-là sont symptomatiques d'un mal beaucoup plus grand de notre société.
Il faut que RIEN ne soit JAMAIS dangereux. Risque zéro.

Des chauffards roulent comme des fous dans un quartier résidentiel ?
On abaisse la limitation de vitesse à 30.
Des têtes brûlées se cassent la gueule en ski ?
On préconise le casque obligatoire pour tous.
Une fille tombe de Bixi ?
Et si on obligeait tous les utilisateurs de Bixis à porter le casque ?
Ben oui, faut pas qu'il y ait d'accident. Jamais. Ja-mais. Les accidents, on veut rien savoir de ça.
Les accidents, c'est pas bien. La mort, faut pas. Faut pas mourir.

Alors tout le monde trinque. Tout le monde met son petit casque et ses petites genouillères pour sortir de la maison, on ne sait jamais. À cause de quelques cas isolés, tout le monde doit s'adapter.
Non pas que je veuille que les gens se blessent ou meurent dans d'atroces souffrances, mais l'obsession sécuritaire me décourage. La vie, ça finit par la mort, et les accidents ne peuvent pas tous être évités. On n'est à l'abri de rien. Rien.

Et le danger avec cette obsession du risque zéro, c'est que ça développe la peur pour des petites choses ; ça inhibe, ça affaiblit et ça rend la vie bien moins marrante (aller faire du vélo avec son petit casque, ses petites lumières, genouillères, protections aux coudes, en ne roulant pas trop vite, grisant, non ?)… 

Mais surtout, ça restreint la liberté de tout le monde.
Car ces bonnes intentions n'ont pas de fin, et on peut toujours aller plus loin.

Si on décide véritablement de faire porter des casques aux piétons, je vais me ramasser une contravention si j'en mets pas ? L'absurdité de la chose me dépasse.
L'hiver, quand il y a du verglas, des gens tombent. On interdit le verglas ? Tiens, le verglas ! Prends ça ! 100 dollars d'amende !!!
On a interdit la cigarette partout et on traite à présent les fumeurs comme des pestiférés. Si on décrètait que les frites sont la pire chose pour la santé, on pourrait aller jusqu'à les interdire, non ? Ou alors, on se retrouverait réduits à les manger sur le trottoir, pour ne pas importuner les autres dans le resto. Pourquoi pas ? Vu de même, ça semble grotesque. Mais quand je vois à quel point on veut éliminer tout ce qui est "mauvais" dans la vie, je me dis qu'on s'en approche doucement mais sûrement.

Le revers de la médaille, c'est que ça donne envie de transgresser. Dans un environnement trop sécuritaire, quoi de mieux que de prendre des risques ? Casque obligatoire ? M'en fous, je le mettrai pas !
Et ensuite, on se demande pourquoi il y a eu un petit rigolo pour rouler à 90 alors que la limite est à 50. Bon, alors, on va baisser la limite à 30. Belle solution ! Ça ne fait que pénaliser l'automobiliste respectueux qui roulait déjà à 50. Celui qui voudra toujours faire le malin continuera à rouler à tombeau ouvert, c'est tout.

La vie comporte sa part de danger.
La vie, elle improvise.
Elle n'est pas juste.
Météo, maladie, un fou qui tire dans le tas dans la rue… c'est impossible à contrôler. On ne peut pas tout légiférer.

Chers décideurs, arrêtez de toujours vouloir notre bien à tout prix.
C'est étouffant, à la fin.


2012/02/25

Être un artiste, c'est chiant

Oui. C'est chiant. 
Pas d'être artiste en soi, être artiste c'est chouette. 
Mais être UN artiste, ça c'est chiant. Surtout auprès des autres artistes.

J'aime dessiner, créer, me raconter à travers mes dessins. Ça compte énormément pour moi. Pour autant, je ne me considère absolument pas comme un "artiste", au sens social du terme.
J'entends par là être systématiquement original, hors-norme, contestataire, engagé, politisé. La plupart des milieux artistiques me font profondément chier. Être artiste, en avoir l'attitude et l'habillement, est souvent plus important que de faire quelque chose de son art. Il faut prendre position, dénoncer des tas de trucs, militer. Tous ne sont pas comme ça, mais beaucoup.
Ah, aussi, il faut être marginal, ou du moins attiré par la marge. Aimer la marge. Pas le droit d'avoir une vie "normale".

Désolé, mais moi, la marge, ça ne m'attire pas. Je n'ai jamais trippé sur les gens (trop) hors-normes et fiers de l'être. Pas qu'il faille être comptable et habillé en gris pour me plaire, ça non. Mais vivre dans la marge (et la marDe) dans des squats, dans la quasi-illégalité, ben ça me séduit pas. Je vois pas la magie là-dedans.

Ça doit être mon éducation.

Élevé par des parents travaillants, qui m'ont appris à bien me tenir, à faire des efforts pour arriver à quelque chose (et je les remercie pour ça), j'ai acquis le sens du mérite, et rien ne m'insupporte plus que les gens qui braillent sans rien faire pour arranger leur sort. Et, malheureusement, dans les milieux artistiques contestataires-marginaux-engagés, c'est monnaie courante. 
Se plaindre que la société c'est de la marde sur son MacBook Pro en attendant que quelque chose de mieux arrive, j'aime pas ça. Et même plus, j'ai pas d'estime pour ça.
Je suis prêt à aider corps et âme quelqu'un qui veut vraiment se sortir de ses problèmes, mais quelqu'un qui ne veut pas s'aider, j'ai pas envie de m'en occuper.

Je viens de me relire, et MY GOD j'ai l'air tellement pas marrant comme gars. Pourtant, ceux qui me connaissent bien savent que je suis pas un gars sans fantaisie, loin de là. Je revendique plus une certaine "normalité". Oui, je ne trouve pas ça péjoratif d'être normal, ordinaire. De travailler de 9 à 5, de payer sa bouffe, de ne pas se défoncer, de faire son ménage le week-end (pas vous ?), de respecter les lois. Et le pire, c'est que je suis super heureux comme ça :-))))

J'ai aussi un peu de mal avec une certaine sacralisation de l'artiste dans notre société. On nous (OK je m'inclue, là) considère comme super importants. Il y a une sorte d'aura autour de nous. On est géniaux. OK, l'art fait avancer plein de choses dans le monde, c'est évident, mais les éboueurs qui ramassent nos merdes le matin aussi. Sans eux, ce serait vite le chaos.

Comme "personne utilisant un art" (ben oui, je sais plus comment me définir, à présent !), je ne me suis jamais senti plus important que la plupart des gens ; euh… sauf entre 15 et 20 ans.
Mais ça c'est pas "être artiste", c'est "être jeune"…

Sur ce, je retourne faire mes dessins :-P


2012/02/19

Les deux Québecs

Montréal. 

Le Québec. 

Pour la grande majorité des immigrés, les Français ne faisant pas exception, ces deux notions ne font qu'une. Partir vivre au Québec, c'est automatiquement partir vivre à Montréal. À nos amis en France, à notre famille, on explique le Québec en se basant sur la vie de Montréal. Le Québec, C'EST Montréal. Au Québec, les rues sont longues. Au Québec, on vit sous terre l'hiver. Au Québec, il y a des gratte-ciel. Au Québec, il y a un métro. Au Québec, l'été, il y a la foule dans la rue, à cause des festivals. Au Québec, on mange des empanadas le midi et des sushis le soir, avec nos amis provenant de tous les pays du monde. Au Québec, il y a des écureuils partout. Au Québec, il y a des grands espaces : le mont Royal, les îles au milieu du Saint-Laurent et le parc Maisonneuve. J'exagère à peine.

Quand on sort de Montréal, on est un peu perdu. C'est grand. Les routes sont longues. Il n'y a que des arbres, des champs, des collines, et les villes, même Québec, ont l'air de petits villages où il ne se passe rien. On est content d'y passer quelques heures, c'est beau, mais c'est tout. On revient rassuré à Montréal, car c'est là que tout se passe. C'est là qu'il faut être.

J'ai moi-même vécu le Québec de cette façon. La grande ville nous rassure, quand on choisit de s'installer dans un nouveau pays. On pense qu'on y trouvera TOUT, qu'on ne sera jamais seul, on a besoin de repères. La grande ville est universelle, une grande ville c'est une grande ville. À partir de là, le choix est assez vite fait. Pourquoi, en arrivant au Québec, on s'installerait à Victoriaville ? À Saint-Georges-de-Beauce ? À Baie-Comeau ? Si l'immigrant n'a aucune attache préalable au Québec, il choisira quoi ? Montréal. C'est moins risqué.

Entendons-nous bien. Je comprends parfaitement ce choix, l'ayant moi-même fait. De plus, à l'âge où je suis arrivé au Québec (29 ans), et après six ans passés à Paris, je ne me voyais pas ailleurs que dans une grande ville. Plus grande aurait été la ville, mieux c'était. Ça me rassurait. Je ne pourrais pas manquer de travail, tout existe en ville. Je n'aurais aucune limite professionnelle, les plus grosses boîtes sont là, les plus importants sièges sociaux. Je n'aurais aucune limite culturelle, je pourrais trouver des épices exotiques, des produits importés des quatre coins du monde, des BD super rares, des objets de déco hallucinants.

Presque huit ans après avoir posé mes sacs dans le hall d'arrivée de l'aéroport de Mirabel, presque huit ans à vivre l'immigration, la découverte d'un autre pays, je suis arrivé à une sorte d'impasse. J'ai paradoxalement atteint les limites de la grande ville, qui justement n'en a quasiment pas, de limites. Parce qu'il manque quelque chose d'essentiel à mon processus d'intégration.

La découverte de la vie ailleurs qu'à Montréal. Vivre le Québec des Québécois, le Québec où il fait vraiment froid l'hiver, où les gens ont un vrai accent, chassent, pêchent, font de la motoneige, du kayak. La caricature ? Peut-être, oui. Montréal manque terriblement de clichés, d'exotisme. Oui, d'exotisme. Pour une ville composée de tant d'immigrants, c'est tout un paradoxe. Je reviendrai sur ce point ultérieurement.

Dominic a changé ma vision du Québec, il m'a introduit à cette culture qui fait à présent partie de moi. Il m'a fait plonger tête baissée, et m'a donné envie d'en découvrir encore plus. Maintenant, avec lui, je me prépare à découvrir la "région". Le "Québec profond" ?

Rimouski, je t'aime déjà. Tu me fais entrevoir un nouveau monde. Merci.


Processus enclenché

Je viens d'ouvrir iCal, application dont je ne me sers jamais, mais bien pratique pour éviter de compter les jours de tête. En comptant aujourd'hui, il reste 27 jours. 27 jours avant que Dominic et moi ne chargions le contenu de notre appartement montréalais dans un camion. Camion qui nous mènera à 573km d'ici. Pour ceux qui l'ignoreraient encore, on déménage. Nouveau départ très excitant. Cadre de vie complètement nouveau. Rimouski, Bas-Saint-Laurent. Vue sur la mer, les mouettes, les éperlans, les bélugas et les baleines qui croisent tranquillement dans l'estuaire. Un monde de nouveauté s'offre à nous.

Le plus merveilleux, c'est de se rendre compte que si on en est là, c'est UNIQUEMENT car on en a fait le choix. On ne nous a pas appelés là-bas. Personne n'a besoin de nous. Mais quand on sera arrivés, ils ne pourront plus se passer de notre présence ! Hahahaha ! Watch out, Rimouski !!!!! :-)))) On arrive !!!

2012/02/18

Je m'y jette !

Bon ! On est en 2012, il me reste moins d'une année avant la fin du monde, l'Apocalypse, les Mayas, Nibiru, l'Iran qui nous balance une bombe, l'interdiction de Tintin au Congo, l'interdiction de manger des frites à moins de 9m d'une école ou d'un hôpital (riez pas, on y est presque !), la fin, quoi.
Moins d'un an pour que je me décide à faire partie de la vie moderne. J'ai quand même une adresse courriel et je suis même sur Facebook. Mais j'ai pas de blogue !!!!! PAS-DE-BLO-GUEU !!! Bon, j'AVAIS pas de blogue. C'est rétabli, je viens de rejoindre les 857 millions de gens qui racontent leur vie sur le Net. La mienne ne sera pas nécessairement plus intéressante (désolé !), mais je vais essayer quand même ;-). 18 février 2012, voilà. Je me jette à l'eau.