2012/06/02

Raconte-moi Rimouski (partie 1)


Prenons le Québec. 
En bas, là, tout en bas, il y a Montréal, point d'arrivée des visiteurs, des immigrants (et souvent leur résidence définitive). Peut-être la seule ville du Québec dont le nom est connu outre-Atlantique (y a-t-il des Français qui connaissent Québec, la ville ? Même pas sûr)…

À Montréal, prendre un des ponts qui traversent le Saint-Laurent. Bon, Jacques-Cartier, par exemple. Nous voilà à Longueuil, la banlieue, et le moment de s'engager sur la 20, l'autoroute Jean-Lesage. Direction est, hein, sinon on va se planter.

Ça y est, on est sur la 20, c'est pas génial comme paysage, banlieue, banlieue, banlieue, Ikéa, des voitures partout. Ça dure longtemps, cette banlieue-là, avec ses développements domicilaires tous pareil qui poussent comme des champignons. 
On traverse la superbe rivière Richelieu, au pied de l'imposant mont Saint-Hilaire. On continue. Camping Sainte-Madeleine, en plein au bord de l'autoroute (qui veut vraiment camper là ?). Des champs. Encore des champs. C'est plat, terriblement plat, cette région. Si c'est votre première fois au Canada, vous allez vous demander où elles sont, toutes ces belles collines couvertes d'arbres multicolores avec un lac au dessous.
Saint-Hyacinthe (qu'on prononce SaintE-Hyacinthe). Drummondville (rien à voir avec le Monsieur Drummond dans Arnold et Willy). On reste sur la 20. C'est pas compliqué. On y r-e-s-t-e.
Une petite accalmie au niveau du trafic, qui va de pair avec l'apathie de rouler tout droit sur un paysage plat et sur une route droite. L'horizon semble loin. Puis, tranquillement, des autos se joignent, la route devient plus achalandée. Ça y est, on approche de la grande ville, l'autre grande ville. Québec se dévoile au loin, avec ses quelques gratte-ciel. 
La toute première fois que je suis allé à Québec, j'avais d'ailleurs été décontenancé par ce "skyline" ; ayant lu partout des textes dithyrambiques sur la beauté de cette vieille ville et ses maisons de pierres, je me demandais où j'arrivais. Je vous rassure, Québec c'est très beau. Mais il y a aussi des coins modernes, on est en Amérique du Nord, n'oublions pas !

Attention, on ne prend pas les ponts pour aller à Québec, on continue sur la 20 encore et encore. On n'a même pas fait la moitié du chemin. Direction Rivière-du-Loup, maintenant.
Passé Lévis (le Longueuil de Québec), ça change radicalement. C'est là qu'on peut comprendre à quel point la province du Québec est peuplée, "animée" autour de ces deux pôles, Montréal et Québec (et surtout Montréal). L'essentiel du trafic a lieu justement sur la 20, entre ces deux villes. Après, on entre dans une autre catégorie. Chaque kilomètre, on s'éloigne un peu plus de la civilisation. Les voitures se font de plus en plus rares. Les villages de plus en plus épars, la forêt plus présente, les lignes électriques et pylônes, moins.
Surtout, le paysage perd sa "plateur" monotone. Il y a des collines, maintenant.
Puis le fleuve commence à s'ouvrir. Ça y est, on le voit, il est beau, avec l'île d'Orléans, les montagnes de plus en plus hautes de la rive nord. Petit sourire en contemplant le paysage (s'il fait beau, en plus, c'est mieux !).

Montmagny. Saint-Jean-Port-Joli. L'Islet. Toujours la 20, toujours tout droit (il y a une autre route, la 132, qui longe le fleuve et traverse les villages, mais assez de digressions, on va à Rimouski, alors pas de détours !). 
Parfois, le paysage, malgré son côté bucolique-forestier, redevient monotone. Parce qu'il n'y a pas grand-chose et que la route est quand même longue.
Quelques collines éparses apparaissent dans le lointain. Le fleuve se dévoile à nouveau. Il est devenu soudainement très large, les montagnes sur l'autre rive sont loin, tout à coup. 
La Pocatière, ça y est : on est officiellement dans le Bas-Saint-Laurent, notre nouvelle région de résidence. 
Les collines se succèdent, elles sont de plus en plus découpées. On est du côté de Kamouraska, Rivière-du-Loup n'est plus très loin.
Quelques kilomètres avant Rivière-du-Loup, il y a le choix entre deux directions. Comme on roule tout droit depuis Montréal, on n'est plus habitué ! Pourtant, histoire de rester en terrain connu, ce sera… tout droit. Rimouski est indiqué, ça y est. Arrêt-pipi à Rivière-du-Loup. Dans une heure on sera arrivés.
Quelques kilomètres encore sur l'Autoroute 20, puis elle finit là. Finie l'autoroute ! La route 132 (qui part, elle aussi, de Montréal, en parallèle) prend le relais.

Sur la 132, le feeling est différent. On roule moins vite et on traverse tous les villages. Surtout, on longe le fleuve de près. Il est devenu encore plus large, l'autre rive est vraiment loin. Il y a un côté maritime au paysage, avec ces maisons de bois qui semblent abriter des familles de pêcheurs, ces gros bateaux qu'on voit au loin, sur le fleuve, ces villages colorés et à l'aspect plus rustique qu'auparavant. 
On traverse Trois-Pistoles, ou plutôt, on la contourne. À présent, chaque localité se traverse en moins de deux. Transposées en France, ces "villes" seraient d'insignifiants villages, mais ici elles sont les seules du coin et revêtent une tout autre importance. Trois-Pistoles n'est pas plus grosse que le village où mes parents habitent, mais isolée comme elle est, elle devient "ville importante", ici.

Là, ça devient sérieux. Le décompte des villages est lancé ! Malgré les kilomètres qui les séparent, ils semblent proches. Peut-être qu'on a hâte d'arriver, rendu là. Saint-Simon. Saint-Fabien. Les montagnes pleines de caractère du Parc du Bic (j'en reparlerai !). Le village de Bic, lui c'est le dernier avant Rimouski. Et, en fait, on est déjà à Rimouski puisque le village en est un des districts.

Sortis du Bic, la 132 redevient la 20 pour quelques kilomètres. Mais attention, là, une petite 20. Une route à deux voies, parfois trois pour dépasser. Une 20 "de région", on est loin des grands axes routiers. La circulation est fluide, bien qu'un peu plus importante qu'auparavant. Ça reste pépère.

La route passe au-dessus de la tumultueuse rivière Rimouski, rivière à saumon.
On devine la ville en arrière des arbres.

On est arrivés.

C'est tout ?

Non. Promis, la prochaine fois, je vous raconte Rimouski.



Pourquoi je ne parlerai pas du conflit étudiant


Parce que - au départ - je ne suis pas quelqu'un qui aime les sujets polémiques.

Parce que l'émotion est à fleur de peau et les esprits s'échauffent.

Parce qu'il est difficile d'en parler sans risquer que ça tourne au pugilat (verbal ou non).

Parce qu'il nous manque du recul, bombardés d'infos que nous sommes.

Parce que beaucoup beaucoup de gens en parlent déjà, et tout le temps.

Et parce que, surtout, à force d'en entendre parler, je ne suis même plus sûr de ce que j'en pense.


Le web regorge d'endroits où tenter de se faire une tête. Moi, je vais attendre un peu.



2012/05/06

Un mois déjà...


Voilà. Un peu plus d'un mois passé à Rimouski.

Ce n'est rien, et c'est déjà beaucoup.

Assez pour faire tout doucement le deuil de la Métropole, de se refaire de nouveaux repères, de vivre à un autre rythme et de s'habituer à de nouveaux sons, paysages, lumières, odeurs…

Il y a, bien sûr, le calme. On s'y fait très vite. L'absence de bruit du trafic automobile, l'absence de sirènes de police, d'ambulances ou de pompiers… et, surtout, plus le bruit de fond permanent de la ville. Je n'ai pas réalisé tout de suite que je ne l'entendais plus, mais à la longue on s'en rend compte. Ça fait du bien.

Il y a l'air, aussi. Pur et sans cesse renouvelé par un vent revigorant. On s'en emplit les poumons à longueur de journée. Les odeurs de la mer, le varech sur la plage, tout un dépaysement. Ça sent les vacances, et pourtant c'est chez nous maintenant.

Il y a les gens. Surtout.
D'une chaleur et d'une jovialité presque gênante, tellement c'est immédiat.
Pour quelqu'un comme moi, solitaire et - à mes heures - asociable, ça aurait pu représenter un challenge ou, pire, un inconvénient. Eh bien, pour le moment, c'est plutôt le contraire. Je me découvre un plaisir à jaser avec les voisins et à faire un sourire et un p'tit bonjour aux gens croisés à pied ou à vélo. On redécouvre une humanité de proximité propre aux campagnes. Réconfortant.

Rimouski a beau être une ville moyenne, même une grande si on compare à la Gaspésie toute proche ou à la Côte-Nord, de l'autre côté du Saint-Laurent, elle reste quand même toute petite comparée à Montréal.
Ici, nos yeux en saisissent les limites. Au bord de l'eau, sur la magnifique Promenade de la mer, en regardant vers les terres, on voit les fermes au sommet des collines. La ville est finie, là-bas. À Montréal, je ne voyais jamais la fin des rues. J'étais enserré dans le béton et la brique. "Imbriqué" ?

À Rimouski, il n'y a pas 50 quartiers à découvrir, 3000 rues à parcourir et 750 restaurants à essayer.
On commence déjà à reconnaître des visages, à aller aux mêmes endroits. Le meilleur resto de la ville, on l'a déjà fait. Il n'y en a plus d'autres ; c'est celui-là. Faudra s'y faire.

C'est ennuyeux ? Ça fait peur ? Il y a des manques ?
Un jour, peut-être, ça viendra. Je ne sais pas. Le virage est encore frais.

Mais pour le moment, j'adore ce fait, justement, d'être dans un environnement dont on fait peut-être plus vite le tour, mais qui offre, en contrepartie, une plus grande humanité.
Plus facile de faire sa place quand les gens te connaissent, te conseillent, te réfèrent, savent qui tu es. Tu n'agoniseras pas dans la rue sans que personne ne s'arrête pour t'aider. 
Tu n'es pas invisible. 

J'avais oublié ce que ça fait. 


2012/04/07

La non-communauté

Cette semaine, j'ai lu un texte sur le forum d'Immigrer.com. Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est un site d'informations et de discussions sur l'immigration au Québec. Un site de référence, d'ailleurs, probablement le plus connu.
Le texte en question, écrit par un Français récemment arrivé à Montréal, porte sur "La Petite France à Montréal", bien évidemment le quartier du Plateau. J'y ai travaillé assez longtemps pour savoir qu'on entend en effet plus souvent dans la rue l'accent français que l'accent québécois.
Le texte, sans parti-pris, raconte la vie quotidienne dans le quartier.

C'est ce que j'ai lu dans les commentaires qui m'a donné l'idée d'écrire ce billet.

Dans ces commentaires, plusieurs personnes rapportent le fait que le Plateau manque d'authenticité dû à cet énorme engouement des Français pour lui. En gros, si tu es Français, à Montréal, tu devrais plutôt l'éviter. J'aurais d'ailleurs tendance à être d'accord avec ça.
Un autre forumeur répond à ça que les Français, justement, détestent se retrouver au milieu de leurs compatriotes à l'étranger. C'est à celui qui s'intègrera mieux que les autres, en évitant ses semblables, et en le les aidant surtout pas. Il trace le parallèle avec les autres communautés montréalaises, Italiens, Maghrébins, Chinois, Latinos, Haïtiens, Portugais, etc., qui, eux, aiment être entre eux. Une communauté forte, soudée, qui aide les nouveaux arrivants en les accueillant en leur sein.

Ce point attire mon attention. Ce n'est pas la première fois que j'entends ça. J'ai aussi déjà remarqué que le concept de "communauté française" n'existait pas. Il peut y avoir 50% de Français sur le Plateau Mont-Royal, il n'y a pas pour autant de "communauté". Pas plus à New York, pas plus à Londres, pas plus à Dublin, dans des villes où la population originaire de France est pourtant très grande.

Est-ce que les Français se détestent tant que ça ? Je ne crois pas. La plupart des Français de Montréal côtoient d'autres Français, mais la différence avec les autres communautés, c'est que c'est peu assumé. Peu de mes compatriotes (et je m'inclus tout-à-fait là-dedans) sont fiers de côtoyer principalement des "semblables", ils veulent avant tout "s'intégrer".
J'ai moi-même cette vision et ai beaucoup de mal avec les rassemblements communautaires, qui divisent les citoyens plutôt qu'autre chose.

Pourquoi ce besoin de s'intégrer et ne pas se rassembler, alors ?

Au Québec, à mes débuts, je voyais d'un mauvais œil les drapeaux québécois partout.
Ça me gênait. Tout comme les mentions "Fait avec fierté au Québec" ou "Fièrement canadien" sur certains emballages à l'épicerie.
C'est la même chose aux États-Unis, et une personne débarquant de France aura le même sentiment de malaise face à ça (je crois à ce propos que la détestation viscérale des Français pour les Américains vient en partie de la fierté hyper-assumée de ces derniers à être ce qu'ils sont, même dans leurs pires côtés).

En France, arborer un drapeau français et en être fier est complètement tabou, honteux. Il n'y en a aucun sauf sur les édifices institutionnels et gouvernementaux. 
Pourquoi ? Parce que le drapeau tricolore a été complètement accaparé par le Front National, et qu'ils en sont depuis les seuls garants. Un Français fier de l'être est aujourd'hui d'extrême-droite, pas d'autre choix. Il ne reste aux autres que la honte ou l'indifférence.
C'est très paradoxal car il n'y a pas plus chauvin qu'un Français ; ce chauvinisme est juste très mal assumé.
Fier, oui, mais pas devant les autres.

Je crois que loin d'être anodin, ce point explique pas mal de choses.
Dès l'enfance, on t'inculque qu'il ne faut pas être trop fier de ton pays, que ça ne se fait pas. Ça renferme, ça exclut. La patrie, la nation, c'est réservé aux vieux cons qui ont fait la guerre et n'aiment pas les Étrangers, c'est tout.


Il y a aussi, et surtout, l'organisation sociale de la France.
Depuis toujours, la France est davantage hiérarchisée en classes socioéconomiques (riches d'un côté, pauvres de l'autres, profs d'université et ouvriers ne se cotoyant presque pas, etc.) mais pas en communautés "ethnoculturelles" ou religieuses, comme c'est le cas au Canada.
À l'école, les petits d'origine étrangère passent dans le "moule français", et tous se mélangent. Les particularités culturelles de chacun ne sont pas mises de l'avant.
OK, le mélange ne se fait pas toujours très bien, mais le message qu'on tente de faire passer en est un d'intégration avant tout.

On vise le vivre-ensemble plutôt que le vivre-côte-à-côte.


Un Français qui grandit et évolue avec ces notions sera tout naturellement porté à éviter ses compatriotes dans une ville étrangère ; l'idée de "communauté culturelle" représente davantage l'enfermement que l'ouverture, vu de même.
Les communautés, c'est sympa, c'est chouette, mais seulement pour les autres, les Chinois, les Maghrébins (en plus c'est exotique), mais pas pour nous.

Est-ce nécessairement un mal ? Bien sûr que non, je ne crois pas.
S'enfermer dans une communauté est sûrement la pire façon de s'intégrer dans un nouveau pays. À ce propos, les Français sont sûrement parmi les immigrants les mieux intégrés du Québec. 

Et de ça, on peut être fier !




2012/03/25

La porte d'entrée

Les raisons pour vouloir déménager de la Métropole vers la région sont nombreuses. Qualité de vie, calme, coûts, etc. 
On sait tous ça.

Pourtant il y a un autre aspect. Moins avouable car pouvant facilement être mal interprété.

C'est qu'à Montréal, je ne me suis jamais senti tant que ça au Québec.


Montréal, c'est ce que Paris est à la France ; c'est ce que Londres est au Royaume-Uni ; c'est ce que New York est aux États-Unis. Une grande métropole (beaucoup la trouvent petite, mais je la trouve grande), très diverse, très cosmopolite, polyglotte. 
Le samedi après-midi, sur Sainte-Catherine dans le centre-ville, on entend d'ailleurs une multitude de langues dans la rue. J'en ai fait plusieurs fois l'expérience. Le mélange est hallucinant. Les yeux fermés, il serait difficile de deviner dans quelle ville on se trouve. Berlin ? Londres ? San Francisco ?

Les grandes villes s'uniformisent. Il devient de plus en plus difficile de se sentir ailleurs, d'être dépaysé. S'il y a une mondialisation de l'économie, il y a aussi une mondialisation de la démographie. On mange des sushis avec Sven à Chicago ; on danse la salsa avec Mohammed à Londres ; on défile pour le nouvel an chinois avec Boucar et Stanislava à Copenhague. Comme à Montréal le samedi au centre-ville, si on ferme les yeux dans la rue à Chicago, à Londres, à Copenhague, on aura la même difficulté à se situer, on ne saura pas vraiment où on est.



C'est ce qui est, peut-être, la plus grande différence entre Montréal et le reste de la Province. Plus encore que l'opposition ville versus campagne, smog versus air pur, bouchons versus circulation fluide, bruit versus silence…
La composition démographique.

Hors de la Métropole, il n'y a que des Québécois. Ils "parlent québécois", s'appellent Tremblay, Gagnon ou Desjardins. C'est peut-être cliché, mais on se sent drôlement au Québec, là-bas. Il y a un fossé plus grand entre Montréal et Mont-Laurier qu'entre Montréal et Toronto. Vraiment.


J'ai peut-être l'air de généraliser, d'opposer Montréal, qui serait un Québec "pas pittoresque" et le reste qui serait un "vrai Québec". Pourtant, quand on dit "un Québécois", imagine-t-on VRAIMENT un gars d'origine russe vivant à Montréal, et qui parle à 90% du temps en russe avec ses voisins et collègues ? Non. Je parie que la grande majorité des gens imaginent un "Canadien-Français" qui parle en joual, qui aime le hockey et a du sirop d'érable dans son frigo ! Même si on se défend de faire des généralisations, on se rattache à des images, qu'on le veuille ou non. Quand on me parle d'un Italien, désolé mais je ne m'imagine pas un Chinois qui parle... chinois. Ben non !
Je n'ai, à ce propos, jamais pensé qu'habiter sur le territoire du Québec suffise à faire de nous un Québécois, comme habiter au Vietnam ne rend pas vietnamien. Il y a des codes à apprendre et une culture à assimiler. Et il faut le vouloir, surtout.


Pourtant, quand je vivais à Paris, toutes les cultures m'attiraient. Toutes, sauf une. Je me foutais complètement de la culture française. Je suis français, je porte des racines françaises en moi, je n'avais donc aucun intérêt à en découvrir davantage. C'était aussi ce qui différenciait la vie à Paris de la vie de province que j'avais connue avant. À Paris, je m'ouvrais sur le monde entier. Super enivrant.

Plusieurs années ont passé, j'ai quitté la France pour le Québec, et le paradoxe de ma condition d'immigrant, c'est que je suis plus sensible maintenant à la notion de "culture majoritaire" ; d'autant plus que Montréal est un gros mélange parfois difficile à appréhender. Même si ce côté très "ville mondiale", "nations unies" où tous les pays sont représentés a son charme, en même temps il complique l'intégration. J'ai besoin de savoir à quel pays je m'attache, où je suis. Être plus qu'un "citoyen du monde" qui vient de partout et nulle part à la fois.


D'ailleurs, si j'en juge par le nombre de mots et d'expressions québécois que s'obligent à utiliser dès leur arrivée (et maladroitement) les Français du Plateau, en tant qu'immigrants on a tous la même envie. Devenir, en vivant ici, un peu québécois. On espère secrètement sympathiser avec les "indigènes" et on est fier quand nos familles et nos amis voient qu'on ne côtoie pas juste d'autres Français ou immigrants. Finalement, on ne considèrera pas son immigration comme complètement réussie tant qu'on n'aura pas d'attaches sentimentales réelles avec des Québécois (voir la définition d'un VRAI plus haut ;-), pas le Russe, là ;-))

Dans mon cas, je peux me compter chanceux, j'ai ici des amis, un amoureux et une belle-famille, ce qui est un très bon début ! Ces attaches sentimentales m'ont simplement donné envie d'aller encore plus loin sous la surface. De savoir le Québec comme je sais la France.


Montréal, tu as été une super expérience. Tu m'as ouvert une porte sur le Québec.
À présent, je suis prêt à franchir le seuil et à aller voir plus loin...



2012/03/13

Désinformez-moi

La revue de presse du matin sur Internet.
La distribution du journal Métro à l'entrée de la station du truc du même nom.
Les écrans de télé dans ledit métro qui jouent l'actualité en boucle.
Les collègues de boulot qui parlent des gros titres ou des entrevues de Tout le monde en parle la veille.

Rien ne nous échappe plus. Nouvelles 24h/24.

Des guerres les plus violentes aux potins de stars les plus insignifiants.
Une hôtesse de l'air pète les plombs sur un vol obscur ? On le sait. Un alligator aboutit dans les toilettes d'une madame en Floride ? On le sait. Justin Bieber achète une casquette dans un magasin parisien ? On le sait aussi.

Depuis quelques années, je boycotte le journal gratuit du matin. Je considère qu'aller se remplir le cerveau de nouvelles, une fois encore, dans les transports en commun, est une fois de trop. Du papier gaspillé, en somme. Des arbres abattus pour qu'on sache quoi ? On a tout lu sur Internet avant. Et si on ne l'a pas lu avant, la radio, la télé, les collègues ou les amis nous le diront.
Mais, même sans journal du matin, sur la ligne verte, les autres voyageurs me ramènent l'actualité sous le nez. Ils la lisent, eux. Je n'y échappe pas. Au métro Berri-UQAM, rebelote. Je baisse les yeux. Je ne veux pas voir les écrans de nouvelles qui tournent en boucle.

Est-ce vraiment indispensable de s'informer autant ? Quel pourcentage de nouvelles est vraiment important ? Lesquelles nous concernent, nous, tout un chacun, réellement ?


Parfois je m'ennuie d'une époque que je n'ai jamais connue. Celle où on ne savait pas ce qui se passait à Tokyo ou à Kaboul. Une époque sans flux de nouvelles (quelle belle expression !).

L'apport continu d'information est anxiogène. Et inutile.

J'ai des envies récurrentes de retraite en monastère ou au fin fond de la Pampa, afin d'échapper au flot. Ne plus savoir ce qui se passe dans le monde, ne serait-ce qu'une semaine. Non, pas une semaine, c'est pas assez. Un mois. 
UN MOIS ??? Ça semble fou, non ? Un mois sans rien savoir de l'actualité ???? De quoi se sentir coupable, comme si se tenir au courant était obligatoire...

Eh bien parfois, j'ai bien l'envie de ne plus me tenir informé, justement. Comme quand on part en vacances pour "décrocher". C'est pas chouette, ça ? Marcher sur la plage au soleil couchant, en profitant du magnifique paysage, juste du paysage. C'est calme, hein ? Les guerres, loin. Justin Bieber, loin aussi.
Et quand on revient, on a toujours ce sentiment étrange que rien n'a bougé, comme si on s'attendait à ce que tout soit bouleversé. Car à force d'être bourrés de brèves, on finit par croire que le monde bouge beaucoup plus vite qu'en réalité.

Parlant de vacances, c'est décidé. Je vais prendre des congés d'info de temps à autre. Quand vous me verrez, je ne serai au courant de rien, ou alors pas grand-chose. Je vais peut-être avoir l'air benêt au début, mais n'ayez pas peur, j'ai plein d'autres choses à raconter.


2012/03/07

La vie, c'est dangereux

On est mercredi.

Lundi matin, je me branche sur le site de Cyberpresse, comme à chaque matin, par réflexe. Je parcours comme toujours les articles en diagonale. Je jette toujours un œil à la "question du jour", bien que ce soit rarement intéressant.

Ce lundi matin-là, ce que je vois comme question du jour me désespère.

"Devrait-on obliger les passagers des autobus interurbains à porter une ceinture de sécurité ?"
J'ai même pas le temps de réfléchir. Je réponds. Un gros NON.
Réponses du sondage : Oui 53%, Non 39%.

Je replace dans le contexte : la semaine dernière, un autobus a dérapé sur la chaussée glacée, dans le Centre-du-Québec. Deux morts et 43 blessés.


Mardi matin. De retour sur Cyberpresse, un des articles qui fait la une : "Deux coroners préconisent d'interdire la vente libre des sirops contre la toux ; dorénavant, il faudra les demander au pharmacien, bla bla bla."
La question du jour, du genre "êtes-vous d'accord pour interdire la vente libre des sirops contre la toux ?"
Oui 51%, Non 43%.

Je replace dans le contexte, cette fois encore. Deux hommes, un de 65 ans qui a consommé de très grandes quantités d'un certain type de sirop (pour guérir plus vite j'imagine), et un de 64 ans qui a pris un certain sirop mélangé à d'autres médicaments, sont morts. Deux personnes, peut-être malchanceuses, peut-être un peu irresponsables. Et là, panique. Les sirops contre la toux, c'est dan-ge-reux. On ne rigole pas avec ça.

La ceinture de sécurité dans les autobus, c'est du même tonneau. Des gens sont morts, et il faut em-pê-cher-ça-à-tout-prix. Bien d'accord, sauf que la mort ou les accidents, ça arrive, dans la vie. 


Ces deux exemples-là sont symptomatiques d'un mal beaucoup plus grand de notre société.
Il faut que RIEN ne soit JAMAIS dangereux. Risque zéro.

Des chauffards roulent comme des fous dans un quartier résidentiel ?
On abaisse la limitation de vitesse à 30.
Des têtes brûlées se cassent la gueule en ski ?
On préconise le casque obligatoire pour tous.
Une fille tombe de Bixi ?
Et si on obligeait tous les utilisateurs de Bixis à porter le casque ?
Ben oui, faut pas qu'il y ait d'accident. Jamais. Ja-mais. Les accidents, on veut rien savoir de ça.
Les accidents, c'est pas bien. La mort, faut pas. Faut pas mourir.

Alors tout le monde trinque. Tout le monde met son petit casque et ses petites genouillères pour sortir de la maison, on ne sait jamais. À cause de quelques cas isolés, tout le monde doit s'adapter.
Non pas que je veuille que les gens se blessent ou meurent dans d'atroces souffrances, mais l'obsession sécuritaire me décourage. La vie, ça finit par la mort, et les accidents ne peuvent pas tous être évités. On n'est à l'abri de rien. Rien.

Et le danger avec cette obsession du risque zéro, c'est que ça développe la peur pour des petites choses ; ça inhibe, ça affaiblit et ça rend la vie bien moins marrante (aller faire du vélo avec son petit casque, ses petites lumières, genouillères, protections aux coudes, en ne roulant pas trop vite, grisant, non ?)… 

Mais surtout, ça restreint la liberté de tout le monde.
Car ces bonnes intentions n'ont pas de fin, et on peut toujours aller plus loin.

Si on décide véritablement de faire porter des casques aux piétons, je vais me ramasser une contravention si j'en mets pas ? L'absurdité de la chose me dépasse.
L'hiver, quand il y a du verglas, des gens tombent. On interdit le verglas ? Tiens, le verglas ! Prends ça ! 100 dollars d'amende !!!
On a interdit la cigarette partout et on traite à présent les fumeurs comme des pestiférés. Si on décrètait que les frites sont la pire chose pour la santé, on pourrait aller jusqu'à les interdire, non ? Ou alors, on se retrouverait réduits à les manger sur le trottoir, pour ne pas importuner les autres dans le resto. Pourquoi pas ? Vu de même, ça semble grotesque. Mais quand je vois à quel point on veut éliminer tout ce qui est "mauvais" dans la vie, je me dis qu'on s'en approche doucement mais sûrement.

Le revers de la médaille, c'est que ça donne envie de transgresser. Dans un environnement trop sécuritaire, quoi de mieux que de prendre des risques ? Casque obligatoire ? M'en fous, je le mettrai pas !
Et ensuite, on se demande pourquoi il y a eu un petit rigolo pour rouler à 90 alors que la limite est à 50. Bon, alors, on va baisser la limite à 30. Belle solution ! Ça ne fait que pénaliser l'automobiliste respectueux qui roulait déjà à 50. Celui qui voudra toujours faire le malin continuera à rouler à tombeau ouvert, c'est tout.

La vie comporte sa part de danger.
La vie, elle improvise.
Elle n'est pas juste.
Météo, maladie, un fou qui tire dans le tas dans la rue… c'est impossible à contrôler. On ne peut pas tout légiférer.

Chers décideurs, arrêtez de toujours vouloir notre bien à tout prix.
C'est étouffant, à la fin.