2012/03/07

La vie, c'est dangereux

On est mercredi.

Lundi matin, je me branche sur le site de Cyberpresse, comme à chaque matin, par réflexe. Je parcours comme toujours les articles en diagonale. Je jette toujours un œil à la "question du jour", bien que ce soit rarement intéressant.

Ce lundi matin-là, ce que je vois comme question du jour me désespère.

"Devrait-on obliger les passagers des autobus interurbains à porter une ceinture de sécurité ?"
J'ai même pas le temps de réfléchir. Je réponds. Un gros NON.
Réponses du sondage : Oui 53%, Non 39%.

Je replace dans le contexte : la semaine dernière, un autobus a dérapé sur la chaussée glacée, dans le Centre-du-Québec. Deux morts et 43 blessés.


Mardi matin. De retour sur Cyberpresse, un des articles qui fait la une : "Deux coroners préconisent d'interdire la vente libre des sirops contre la toux ; dorénavant, il faudra les demander au pharmacien, bla bla bla."
La question du jour, du genre "êtes-vous d'accord pour interdire la vente libre des sirops contre la toux ?"
Oui 51%, Non 43%.

Je replace dans le contexte, cette fois encore. Deux hommes, un de 65 ans qui a consommé de très grandes quantités d'un certain type de sirop (pour guérir plus vite j'imagine), et un de 64 ans qui a pris un certain sirop mélangé à d'autres médicaments, sont morts. Deux personnes, peut-être malchanceuses, peut-être un peu irresponsables. Et là, panique. Les sirops contre la toux, c'est dan-ge-reux. On ne rigole pas avec ça.

La ceinture de sécurité dans les autobus, c'est du même tonneau. Des gens sont morts, et il faut em-pê-cher-ça-à-tout-prix. Bien d'accord, sauf que la mort ou les accidents, ça arrive, dans la vie. 


Ces deux exemples-là sont symptomatiques d'un mal beaucoup plus grand de notre société.
Il faut que RIEN ne soit JAMAIS dangereux. Risque zéro.

Des chauffards roulent comme des fous dans un quartier résidentiel ?
On abaisse la limitation de vitesse à 30.
Des têtes brûlées se cassent la gueule en ski ?
On préconise le casque obligatoire pour tous.
Une fille tombe de Bixi ?
Et si on obligeait tous les utilisateurs de Bixis à porter le casque ?
Ben oui, faut pas qu'il y ait d'accident. Jamais. Ja-mais. Les accidents, on veut rien savoir de ça.
Les accidents, c'est pas bien. La mort, faut pas. Faut pas mourir.

Alors tout le monde trinque. Tout le monde met son petit casque et ses petites genouillères pour sortir de la maison, on ne sait jamais. À cause de quelques cas isolés, tout le monde doit s'adapter.
Non pas que je veuille que les gens se blessent ou meurent dans d'atroces souffrances, mais l'obsession sécuritaire me décourage. La vie, ça finit par la mort, et les accidents ne peuvent pas tous être évités. On n'est à l'abri de rien. Rien.

Et le danger avec cette obsession du risque zéro, c'est que ça développe la peur pour des petites choses ; ça inhibe, ça affaiblit et ça rend la vie bien moins marrante (aller faire du vélo avec son petit casque, ses petites lumières, genouillères, protections aux coudes, en ne roulant pas trop vite, grisant, non ?)… 

Mais surtout, ça restreint la liberté de tout le monde.
Car ces bonnes intentions n'ont pas de fin, et on peut toujours aller plus loin.

Si on décide véritablement de faire porter des casques aux piétons, je vais me ramasser une contravention si j'en mets pas ? L'absurdité de la chose me dépasse.
L'hiver, quand il y a du verglas, des gens tombent. On interdit le verglas ? Tiens, le verglas ! Prends ça ! 100 dollars d'amende !!!
On a interdit la cigarette partout et on traite à présent les fumeurs comme des pestiférés. Si on décrètait que les frites sont la pire chose pour la santé, on pourrait aller jusqu'à les interdire, non ? Ou alors, on se retrouverait réduits à les manger sur le trottoir, pour ne pas importuner les autres dans le resto. Pourquoi pas ? Vu de même, ça semble grotesque. Mais quand je vois à quel point on veut éliminer tout ce qui est "mauvais" dans la vie, je me dis qu'on s'en approche doucement mais sûrement.

Le revers de la médaille, c'est que ça donne envie de transgresser. Dans un environnement trop sécuritaire, quoi de mieux que de prendre des risques ? Casque obligatoire ? M'en fous, je le mettrai pas !
Et ensuite, on se demande pourquoi il y a eu un petit rigolo pour rouler à 90 alors que la limite est à 50. Bon, alors, on va baisser la limite à 30. Belle solution ! Ça ne fait que pénaliser l'automobiliste respectueux qui roulait déjà à 50. Celui qui voudra toujours faire le malin continuera à rouler à tombeau ouvert, c'est tout.

La vie comporte sa part de danger.
La vie, elle improvise.
Elle n'est pas juste.
Météo, maladie, un fou qui tire dans le tas dans la rue… c'est impossible à contrôler. On ne peut pas tout légiférer.

Chers décideurs, arrêtez de toujours vouloir notre bien à tout prix.
C'est étouffant, à la fin.


2 commentaires:

  1. Je suis tellement d'accord!
    Quand j'étais petite, que nous allions à LaRonde, on revenait en fin de soirée, couchées dans l'auto, le siège arrière de notre petite Renaud5 baissé, emmitouflées dans nos couvertures et oreillers; à regarder défiler les étoiles, on s'endormait sur le trajet du retour.
    Aujourd'hui, nos enfants sont prisonniers de leur siège, jamais je ne pourrai reproduire ces instants de bonheur improvisés. Il ne s'agit que d'un exemple qui s'ajoute à tous ceux que tu rapportes, cher Loutre!
    Que l'état nous lâche-donc, et qu'il nous laisse gérer nos vies...Vive les libertés individuelles!!!

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  2. Nicolas beguin07/04/2012 14:40

    A force d essayer de nous empêcher de mourir ils nous empêchent de vivre.
    la Voila la triste vérité.
    Et malgré nous nous sommes dans ce monde et nous sommes sensés nous plier. Toutes ces règles infernales.
    Quand les prochaines générations ne feront plus que de l internet et du DVD bien en
    Sécurité dans leurs maisons équipées de détecteurs de fumée rte, ils auront gagné.
    Mais gangné quoi?

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