2012/02/19

Les deux Québecs

Montréal. 

Le Québec. 

Pour la grande majorité des immigrés, les Français ne faisant pas exception, ces deux notions ne font qu'une. Partir vivre au Québec, c'est automatiquement partir vivre à Montréal. À nos amis en France, à notre famille, on explique le Québec en se basant sur la vie de Montréal. Le Québec, C'EST Montréal. Au Québec, les rues sont longues. Au Québec, on vit sous terre l'hiver. Au Québec, il y a des gratte-ciel. Au Québec, il y a un métro. Au Québec, l'été, il y a la foule dans la rue, à cause des festivals. Au Québec, on mange des empanadas le midi et des sushis le soir, avec nos amis provenant de tous les pays du monde. Au Québec, il y a des écureuils partout. Au Québec, il y a des grands espaces : le mont Royal, les îles au milieu du Saint-Laurent et le parc Maisonneuve. J'exagère à peine.

Quand on sort de Montréal, on est un peu perdu. C'est grand. Les routes sont longues. Il n'y a que des arbres, des champs, des collines, et les villes, même Québec, ont l'air de petits villages où il ne se passe rien. On est content d'y passer quelques heures, c'est beau, mais c'est tout. On revient rassuré à Montréal, car c'est là que tout se passe. C'est là qu'il faut être.

J'ai moi-même vécu le Québec de cette façon. La grande ville nous rassure, quand on choisit de s'installer dans un nouveau pays. On pense qu'on y trouvera TOUT, qu'on ne sera jamais seul, on a besoin de repères. La grande ville est universelle, une grande ville c'est une grande ville. À partir de là, le choix est assez vite fait. Pourquoi, en arrivant au Québec, on s'installerait à Victoriaville ? À Saint-Georges-de-Beauce ? À Baie-Comeau ? Si l'immigrant n'a aucune attache préalable au Québec, il choisira quoi ? Montréal. C'est moins risqué.

Entendons-nous bien. Je comprends parfaitement ce choix, l'ayant moi-même fait. De plus, à l'âge où je suis arrivé au Québec (29 ans), et après six ans passés à Paris, je ne me voyais pas ailleurs que dans une grande ville. Plus grande aurait été la ville, mieux c'était. Ça me rassurait. Je ne pourrais pas manquer de travail, tout existe en ville. Je n'aurais aucune limite professionnelle, les plus grosses boîtes sont là, les plus importants sièges sociaux. Je n'aurais aucune limite culturelle, je pourrais trouver des épices exotiques, des produits importés des quatre coins du monde, des BD super rares, des objets de déco hallucinants.

Presque huit ans après avoir posé mes sacs dans le hall d'arrivée de l'aéroport de Mirabel, presque huit ans à vivre l'immigration, la découverte d'un autre pays, je suis arrivé à une sorte d'impasse. J'ai paradoxalement atteint les limites de la grande ville, qui justement n'en a quasiment pas, de limites. Parce qu'il manque quelque chose d'essentiel à mon processus d'intégration.

La découverte de la vie ailleurs qu'à Montréal. Vivre le Québec des Québécois, le Québec où il fait vraiment froid l'hiver, où les gens ont un vrai accent, chassent, pêchent, font de la motoneige, du kayak. La caricature ? Peut-être, oui. Montréal manque terriblement de clichés, d'exotisme. Oui, d'exotisme. Pour une ville composée de tant d'immigrants, c'est tout un paradoxe. Je reviendrai sur ce point ultérieurement.

Dominic a changé ma vision du Québec, il m'a introduit à cette culture qui fait à présent partie de moi. Il m'a fait plonger tête baissée, et m'a donné envie d'en découvrir encore plus. Maintenant, avec lui, je me prépare à découvrir la "région". Le "Québec profond" ?

Rimouski, je t'aime déjà. Tu me fais entrevoir un nouveau monde. Merci.


2 commentaires:

  1. C'est tellement beau en plus le Québec!

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  2. Très intéressant Pascal ! Je crois qu'on est plus ou moins tous pareil , il y a un temps pour la découverte des grandes villes pour leur choix, leur activités , les opportunités de travail , développement de carrière et effervescences citadines et puis il arrive un age où on va a l'essentiel quel cadre de vie nous correspond le mieux en résumé se rapprocher de cette thématique difficile a atteindre : être en accord avec soi même !! A notre petite échelle mon homme et moi avons quitté Bordeaux ( ville moyenne de France où on boit du bon vin ... ) pour le centre de la france ; le Limousin , région perdue et quelques peu oubliée ( ça a ses bons et ses mauvais cotés ..) cela dit je ne regrette absolument pas notre choix ! donc je te souhaite une très belle vie Rimouskienne !!
    Cécile une française expatriée dans une région reculée !!

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