Ces temps-ci, je me sens nostalgique.
J'aimerais parfois me retrouver dans l'ambiance décomplexée des années 80, insouciante et rafraîchissante.
Parce que plus ça va, plus notre époque est sérieuse et triste. On n'entend pas à rire en 2012.
Ce qui s'est passé la semaine dernière avec la pub télé de Familiprix enfonce un peu plus le clou de la connerie. Pour ceux (en France, surtout) qui n'ont pas vu ladite pub, je ne peux même pas la poster puisqu'elle a tout bonnement été retirée. Petit résumé de l'affaire ici :
Heureusement que je suis moi-même gay et que je peux donner mon avis sur cette annonce ; si j'étais hétéro, j'aurais même pas le droit de me prononcer au risque d'être étiqueté homophobe.
Je suis peut-être ultra-naïf et absolument pas au courant des problèmes de la société, mais trouver que cette pub banalise l'homophobie et la violence faite aux gays, c'est du délire pur. Cette pub, c'est du gag, des traits grossis, qui ridiculisent principalement le gars dans la salle de gym, c'est tout.
Ça me dépasse qu'on puisse être choqué par une annonce comme ça.
Ça me dépasse, mais malheureusement ça ne me surprend pas ; notre époque, derrière ses airs de liberté absolue et de tolérance à 200%, est coincée comme ça se peut pas. Faut faire bien attention de rester dans le sentier balisé, hein. Faut bien marcher sur des œufs.
Lors de mes pérégrinations sur Youtube, j'ai retrouvé cette savoureuse vidéo des années 80, lien ici :
Horreur ! Il y a des grosses, des nains, un monsieur de couleur (on appelait ça un Noir à cette époque, quelle honte !), etc. C'est joyeux, bon enfant et ça ne fait de mal à personne. Et pourtant, un clip comme ça ne pourrait jamais plus sortir en 2012, il serait immédiatement retiré pour discrimination basé sur l'apparence physique ou la couleur de peau…
De toute façon, au départ, ça ne germerait dans l'idée de personne de faire un clip avec des nains et des grosses mesdames. Ça ne se fait pas, ça ne se pense même pas.
Pour rester sur Youtube, je me suis amusé à retrouver des sketches des Inconnus, comiques français extrêmement populaires dans les années 80, mais surtout 90. J'étais au lycée lors de leur "grande époque", et nombre de Français de ma génération connaissent par cœur leurs répliques. Ils nous faisaient rire avec les infirmières martiniquaises qui "pawlaient avec un gwos accent exagéwé", les petits jeunes de banlieues françaises avec leur parler "racaille" et leur attitude, les fonctionnaires, les chasseurs, les filles, les familles de la haute bourgeoisie comme les beaufs, les handicapés mentaux, etc.
J'ai beaucoup beaucoup ri en revoyant tout ça, mais je n'ai pu m'empêcher d'avoir un pincement au cœur, tellement 90% de leurs gags leur vaudraient critiques et mise en demeure à présent. Des tas de groupes sociaux leur tomberaient dessus et dénonceraient leur ton "insultant" et "discriminatoire", c'est garanti.
Est-ce que j'ai dit qu'on vivait une époque triste ?
Parfois, je m'ennuie d'une époque ou un Noir, c'était encore un Noir et pas un monsieur de couleur, un vieux était encore un vieux et pas un "aîné", un handicapé c'était pas une personne à mobilité réduite et un aveugle c'était pas un gars avec une déficience oculaire ou un malvoyant… et je pourrais continuer longtemps.
Et puis appeler un chat un chat n'empêche pas l'acceptation de l'autre. J'ai grandi dans les années 80 et ça n'a pas fait de moi une personne intolérante ou allergique à la différence. Arrêtons d'être choqué tout le temps pour tout !
Je n'arrive pas à me souvenir de quand le glissement a commencé à s'opérer, mais voilà où on en est maintenant. La peur de déplaire et le politiquement correct on fait leurs ravages, on est devenus, comme société, tièdes et consensuels. Et pas marrants.
Vraiment pas marrants.