2012/06/11

Raconte-moi Rimouski (partie 2)


On va commencer par une description de type encyclopédique-wikipédienne.
Rimouski, c'est une ville située à grosso modo 550 kilomètres de Montréal. Québec est donc plus proche de Montréal que Rimouski de Québec.
C'est aussi la ville la plus importante de la région du Bas-Saint-Laurent, et ce, à plusieurs niveaux : démographique, économique, culturel, industriel, commercial, éducationnel…
Ville étudiante dotée d'une université, elle est donc jeune, vivante, et ses bars bien remplis le week-end. S'y côtoient jeunes allumés et douchebags écervelés, mais ça, c'est comme partout.

Il y a un peu moins de 50 000 habitants à Rimouski. Bien des arrondissements de Montréal sont plus peuplés, et la ville de Blois, en France (que je connais bien), d'une population équivalente, est considérée là-bas comme une petite ville de province, pour ne pas dire un trou. Oui, carrément ; un trou.
Cela fait-il de Rimouski un trou ? On va essayer de décortiquer ça.

Bon, on ne se voilera pas la face : pour un Montréalais citadin habitué à vivre au milieu de kilomètres de rues, et qui a besoin de sa dose de spectacles, expos, événements culturels et tutti quanti, ça va ressembler à un trou perdu, certains considérant déjà Québec comme un village. On sort (très) vite de Rimouski, et même en "plein cœur" du centre-ville, on voit la nature environnante, le fleuve et ses îles d'un bord et les fermes sur les collines de l'autre. Pas d'autoroute à 6 voies ou des pylônes à l'horizon, sans parler des avions qui (ne) passent (pas) dans le ciel. À la limite, un train la nuit et quelques voiliers dans la baie. Les embouteillages, on oublie ça, les tours de 30 étages et les centres commerciaux souterrains aussi.

Ce qui évite à Rimouski d'être un trou ? En partie sa situation géographique. Une ville identique en banlieue de Montréal serait engloutie par le reste, littéralement. Terrebonne, par exemple, passe inaperçue car trop près de Montréal, même en étant peuplée de plus de 100 000 habitants. Mettez Terrebonne dans le nord, à 300 km de toute civilisation et elle deviendra imposante ! Un vrai New York en pleine forêt !
Rimouski jouit de cet aspect, c'est indéniable. Je ne dirais pas que la ville est imposante, mais c'est une vraie ville, la seule de la région ; et, d'ailleurs, la plus grande ville à l'est de Québec sur la rive sud du fleuve. Donc, point de ralliement pour de nombreux Bas-Laurentiens, Gaspésiens et même certains Néo-Brunswickois, que ce soit pour achats ou sorties.



Et sinon, à quoi ça ressemble, alors ?

Bon, on arrive de l'ouest (Rivière-du-Loup), on a passé le Bic et repris la 20. Après quelques kilomètres, quittons l'autoroute. Il y a quatre sorties possibles : on évitera la 606, qui nous amène dans le secteur résidentiel de Sacré-Cœur, pour prendre plutôt la 610, "Centre-ville, Sainte-Blandine". D'abord, il faut passer au-dessus de la rivière Rimouski. Elle est pas mal en contrebas de la route, et au milieu d'un quasi-canyon, très tumultueuse. Il y a paraît-il de beaux coins à découvrir avec chutes et sentiers de vélo de montagne super ardus un peu en amont, mais je ne suis pas encore allé voir.

Juste après, la ville se dévoile.
Quelques constructions campent immédiatement le décor : la cathédrale, le cégep, l'hôpital, deux ou trois tours d'habitation, et, surplombant le tout, l'UQAR, l'université locale. C'est à peu près tout concernant le skyline.

On descend la côte de la montée Sainte-Odile, longe le parc Beauséjour le long de la rivière, arrive en plein centre.

Ici, c'est le grand classique : UNE rue principale qui regroupe à peu près tous les commerces, bars et restos de Rimouski. C'est sur la rue Saint-Germain que ça se passe. Manger, boire, se cultiver, acheter du chocolat, aller à la poste, s'acheter un bouquin ou une fringue, c'est là. Le samedi soir, les bagarres, c'est là aussi. Un beau char neuf à montrer à tout le monde ? Là aussi.

Plus loin derrière, c'est le fleuve, que longe la route 132, ici boulevard des Navigateurs (le nom a semble-t-il changé très récemment). Chose particulière à Rimouski, le bord de l'eau n'est pas particulièrement utilisé, si on excepte la splendide Promenade de la mer (pour piétons et vélos, avec quelques très chouettes passerelles pour flâner imitant le pont d'un paquebot de croisière). Pas de terrasses de restos ou de cafés, juste un boulevard assez passant. En fait, c'est "le dos" de la rue Saint-Germain. Du fleuve, depuis la promenade, on voit surtout l'arrière des boutiques et des restos. Les portes de garages et les accès pour les livraisons, les stationnements bétonnés.
Ceci dit, depuis que je vis là, j'ai trouvé un début d'explication à pourquoi le bord de l'eau n'est pas plus utilisé. Je crois que le vent du large et la fraîcheur qu'il apporte auraient raison des têtes brûlées qui auraient décidé de s'attabler sur une terrasse pour siroter un café. Un, la table serait renversée en moins de deux, deux le café renversé sur les genoux brûlés du malheureux ou de la malheureuse, trois les malheureux en question engloutiraient leur café en trois minutes histoire de ne pas se geler plus longtemps sur cette terrasse de merde.

Et quatre, qui a finalement envie d'être attablé au bord d'une route à 4 voies ?

Puis, le fleuve, c'est de près qu'il faut le voir, pas depuis l'autre côté du boulevard.
Allez, traversons la route.

Il y a, donc, la Promenade de la mer. Une très belle réalisation, faite avec goût. Des lattes de bois, et surtout ce parti-pris très intelligent d'avoir reproduit un pont de bateau. J'adore. Peinture blanche, passerelles qui font résonner les pas, belvédères qui permettent une vue large sur la baie, bornes clignotantes avec indication de marées montantes ou descendantes… comment assumer pleinement le côté maritime de Rimouski, en jouant à fond la carte "paquebot". Je le répète, j'a-do-re.

De la Promenade, un coup d'œil en face et on comprend pourquoi on est venus là.

Le Fleuve Saint-Laurent.

Plus rien à voir avec l'étroitesse dont il souffre à Montréal, au milieu de béton, d'écluses et de pylônes. Ici, il est majestueux. Sans lui, la ville perdrait au bas mot 70% de son charme, c'est sûr.
Il agit comme un aimant ; on ne peut l'ignorer, tout nous ramène à lui. L'odeur, les mouettes, le vent chargé de sel et la pureté de l'air. Un fleuve-mer qui subit des marées, sur les berges duquel on retrouve des carapaces de crabes, du varech et des squelettes d'oursins. Rien n'arrête le regard qui embrasse l'horizon, la Côte-Nord très lointaine visible quand il fait beau. Le soleil qui se couche pile en face de la ville et qui produit des couleurs magnifiques dignes des affiches ringardes qu'on accrochait dans notre chambre à 14 ans. Ça existe, des couchers de soleil comme ça, vraiment. J'en vois chaque jour, à présent… s'il fait beau.

Le Fleuve, le Fleuve, le Fleuve. Oui, on a envie d'y mettre une majuscule tellement il le mérite. Il rythme la vie de ses marées, il est toujours le même et toujours différent à la fois. Je crois que j'en deviens accro.

Je crois que je vais en reparler, surtout.


Parce que nous, où on habite, ce n'est plus vraiment Rimouski. C'est encore plus calme.
Et il y a encore plus de Fleuve, on dirait.


La prochaine fois, je vous raconte… Rimouski. District Pointe-au-Père.




2012/06/02

Raconte-moi Rimouski (partie 1)


Prenons le Québec. 
En bas, là, tout en bas, il y a Montréal, point d'arrivée des visiteurs, des immigrants (et souvent leur résidence définitive). Peut-être la seule ville du Québec dont le nom est connu outre-Atlantique (y a-t-il des Français qui connaissent Québec, la ville ? Même pas sûr)…

À Montréal, prendre un des ponts qui traversent le Saint-Laurent. Bon, Jacques-Cartier, par exemple. Nous voilà à Longueuil, la banlieue, et le moment de s'engager sur la 20, l'autoroute Jean-Lesage. Direction est, hein, sinon on va se planter.

Ça y est, on est sur la 20, c'est pas génial comme paysage, banlieue, banlieue, banlieue, Ikéa, des voitures partout. Ça dure longtemps, cette banlieue-là, avec ses développements domicilaires tous pareil qui poussent comme des champignons. 
On traverse la superbe rivière Richelieu, au pied de l'imposant mont Saint-Hilaire. On continue. Camping Sainte-Madeleine, en plein au bord de l'autoroute (qui veut vraiment camper là ?). Des champs. Encore des champs. C'est plat, terriblement plat, cette région. Si c'est votre première fois au Canada, vous allez vous demander où elles sont, toutes ces belles collines couvertes d'arbres multicolores avec un lac au dessous.
Saint-Hyacinthe (qu'on prononce SaintE-Hyacinthe). Drummondville (rien à voir avec le Monsieur Drummond dans Arnold et Willy). On reste sur la 20. C'est pas compliqué. On y r-e-s-t-e.
Une petite accalmie au niveau du trafic, qui va de pair avec l'apathie de rouler tout droit sur un paysage plat et sur une route droite. L'horizon semble loin. Puis, tranquillement, des autos se joignent, la route devient plus achalandée. Ça y est, on approche de la grande ville, l'autre grande ville. Québec se dévoile au loin, avec ses quelques gratte-ciel. 
La toute première fois que je suis allé à Québec, j'avais d'ailleurs été décontenancé par ce "skyline" ; ayant lu partout des textes dithyrambiques sur la beauté de cette vieille ville et ses maisons de pierres, je me demandais où j'arrivais. Je vous rassure, Québec c'est très beau. Mais il y a aussi des coins modernes, on est en Amérique du Nord, n'oublions pas !

Attention, on ne prend pas les ponts pour aller à Québec, on continue sur la 20 encore et encore. On n'a même pas fait la moitié du chemin. Direction Rivière-du-Loup, maintenant.
Passé Lévis (le Longueuil de Québec), ça change radicalement. C'est là qu'on peut comprendre à quel point la province du Québec est peuplée, "animée" autour de ces deux pôles, Montréal et Québec (et surtout Montréal). L'essentiel du trafic a lieu justement sur la 20, entre ces deux villes. Après, on entre dans une autre catégorie. Chaque kilomètre, on s'éloigne un peu plus de la civilisation. Les voitures se font de plus en plus rares. Les villages de plus en plus épars, la forêt plus présente, les lignes électriques et pylônes, moins.
Surtout, le paysage perd sa "plateur" monotone. Il y a des collines, maintenant.
Puis le fleuve commence à s'ouvrir. Ça y est, on le voit, il est beau, avec l'île d'Orléans, les montagnes de plus en plus hautes de la rive nord. Petit sourire en contemplant le paysage (s'il fait beau, en plus, c'est mieux !).

Montmagny. Saint-Jean-Port-Joli. L'Islet. Toujours la 20, toujours tout droit (il y a une autre route, la 132, qui longe le fleuve et traverse les villages, mais assez de digressions, on va à Rimouski, alors pas de détours !). 
Parfois, le paysage, malgré son côté bucolique-forestier, redevient monotone. Parce qu'il n'y a pas grand-chose et que la route est quand même longue.
Quelques collines éparses apparaissent dans le lointain. Le fleuve se dévoile à nouveau. Il est devenu soudainement très large, les montagnes sur l'autre rive sont loin, tout à coup. 
La Pocatière, ça y est : on est officiellement dans le Bas-Saint-Laurent, notre nouvelle région de résidence. 
Les collines se succèdent, elles sont de plus en plus découpées. On est du côté de Kamouraska, Rivière-du-Loup n'est plus très loin.
Quelques kilomètres avant Rivière-du-Loup, il y a le choix entre deux directions. Comme on roule tout droit depuis Montréal, on n'est plus habitué ! Pourtant, histoire de rester en terrain connu, ce sera… tout droit. Rimouski est indiqué, ça y est. Arrêt-pipi à Rivière-du-Loup. Dans une heure on sera arrivés.
Quelques kilomètres encore sur l'Autoroute 20, puis elle finit là. Finie l'autoroute ! La route 132 (qui part, elle aussi, de Montréal, en parallèle) prend le relais.

Sur la 132, le feeling est différent. On roule moins vite et on traverse tous les villages. Surtout, on longe le fleuve de près. Il est devenu encore plus large, l'autre rive est vraiment loin. Il y a un côté maritime au paysage, avec ces maisons de bois qui semblent abriter des familles de pêcheurs, ces gros bateaux qu'on voit au loin, sur le fleuve, ces villages colorés et à l'aspect plus rustique qu'auparavant. 
On traverse Trois-Pistoles, ou plutôt, on la contourne. À présent, chaque localité se traverse en moins de deux. Transposées en France, ces "villes" seraient d'insignifiants villages, mais ici elles sont les seules du coin et revêtent une tout autre importance. Trois-Pistoles n'est pas plus grosse que le village où mes parents habitent, mais isolée comme elle est, elle devient "ville importante", ici.

Là, ça devient sérieux. Le décompte des villages est lancé ! Malgré les kilomètres qui les séparent, ils semblent proches. Peut-être qu'on a hâte d'arriver, rendu là. Saint-Simon. Saint-Fabien. Les montagnes pleines de caractère du Parc du Bic (j'en reparlerai !). Le village de Bic, lui c'est le dernier avant Rimouski. Et, en fait, on est déjà à Rimouski puisque le village en est un des districts.

Sortis du Bic, la 132 redevient la 20 pour quelques kilomètres. Mais attention, là, une petite 20. Une route à deux voies, parfois trois pour dépasser. Une 20 "de région", on est loin des grands axes routiers. La circulation est fluide, bien qu'un peu plus importante qu'auparavant. Ça reste pépère.

La route passe au-dessus de la tumultueuse rivière Rimouski, rivière à saumon.
On devine la ville en arrière des arbres.

On est arrivés.

C'est tout ?

Non. Promis, la prochaine fois, je vous raconte Rimouski.



Pourquoi je ne parlerai pas du conflit étudiant


Parce que - au départ - je ne suis pas quelqu'un qui aime les sujets polémiques.

Parce que l'émotion est à fleur de peau et les esprits s'échauffent.

Parce qu'il est difficile d'en parler sans risquer que ça tourne au pugilat (verbal ou non).

Parce qu'il nous manque du recul, bombardés d'infos que nous sommes.

Parce que beaucoup beaucoup de gens en parlent déjà, et tout le temps.

Et parce que, surtout, à force d'en entendre parler, je ne suis même plus sûr de ce que j'en pense.


Le web regorge d'endroits où tenter de se faire une tête. Moi, je vais attendre un peu.